Abus et dangers de l’automatisation : libertés, démocratie et République en péril


Big Brother, le règne de l'automatisation Libertés, démocratie et République en péril

Abus et dangers du profilage des populations via les nouvelles technologies. Ici, rangées de robots androïdes métalliques dont l'un semble être humanisé. Crédit : 123RF - Londres
Print Friendly, PDF & Email

Les robots prévaudraient-ils sur l’humain ? Disposeraient-ils, désormais, de plus de pouvoir que ce dernier ? L’Homme serait-il déjà au service des automates et non l’inverse ? A des fins de profits et de progrès, l’Homme ne fabriquerait-il pas les instruments automatisés voués à l’asservir, autrement dit à lui « couper les bras », plutôt qu’à le libérer ? Quels sont, en réalité, les dessous et les enjeux de l’automatisation ? Avant-propos.

 

Le tout-automatique, Big Brother du quotidien, abus et dangers de l'automatisation, paru aux Editions du Contre-pied, Janvier 2014.
Le tout-automatique, Big Brother du quotidien, abus et dangers de l’automatisation, paru aux Editions du Contre-pied, Janvier 2014.

« Je ne peux rien faire», « c’est la machine« ou encore, « le système est comme ça » ! Qui n’a pas déjà entendu ces laconiques et sempiternelles réponses dans les administrations (impôts, Pôle Emploi, Sécurité sociale, Urssaf, Caf, police, gendarmerie, collectivités territoriales, établissements scolaires…) ? Dans les banques qui usent et abusent des nouveaux systèmes automatisés, de façon quasi dolosive, dans le cadre des largesses réglementaires que leur octroie, notamment, le scandaleux « secret bancaire » ? Suivies par des entreprises publiques qui n’ont, désormais, « d’intérêt public » que leurs statuts (La Poste, France Télécom, SNCF…) ayant, dorénavant, tout juste vocation à proposer un « service au public », emboîtant le pas à de grands comptes privés cotés en bourse (grande distribution, opérateurs de téléphonie, sociétés d’autoroutes, distributeurs de carburant, multinationales tous secteurs confondus…) ? Automatisation, le mot est lâché ! Mais que traduit-il exactement ? « L’installation de machines pour exécuter des tâches qui étaient, à l’origine, attribuées à des hommes » si l’on en croit Le Petit Larousse. Les robots prévaudraient-ils sur l’humain ? Disposeraient-ils, désormais, de plus de pouvoir que ce dernier ? L’homme serait-il déjà au service des automates et non l’inverse ?

 

Libertés

De façon générale, la liberté pointe l’absence de soumission, de servitude, de contrainte, qu’elles soient exercées par d’autres individus (comme pour l’esclavage), ou par la société (c’est-à-dire la loi). Le tout-automatique est partout avec des conséquences désastreuses sur les populations : privation de libertés individuelles et collectives (avec, notamment, l’identifiation et l’amortissement du moindre faits et gestes de chacun), habile contournement des textes réglementaires, suppression d’emplois en masse1, graves entraves à la liberté du travail ou, simplement, à celle d’entreprendre… sur fond de crise sociale caractérisée. A-t-on perdu de vue que l’état d’une personne libre affirme l’autonomie, la spontanéité du sujet rationnel et les comportements humains volontaires ? La priorité est donnée à une productivité toujours plus grande pour une « taylorisation », toujours plus forte, le plus souvent, comble du comble, au moyen et à la faveur de services fictifs (Internet, téléphones mobiles, finances etc.) et sous prétexte de tout sécuriser. Or, sur un plan terminologique, qui dit « sécurisation » dit, de fait, « privation » et, par extension, au premier chef… privation des libertés ! Et dans la pratique, comment pourrait-il en être autrement ?

 

République

Est-il acceptable que des firmes qui dégagent des profits faramineux investissent dans l’achat d’automates (grande distribution, sociétés d’autoroutes, banques…) amortis à très court terme, sans commune mesure avec le coût du travail, supprimant ainsi des emplois1 et visant à obtenir une rentabilité équivalente, sinon supérieure, à l’intervention humaine pour ensuite tomber sous le coup de lois de défiscalisation en veillant, évidemment, à réduire l’investissement à sa plus simple expression ? Pour mieux comprendre, il convient de revenir aux fondamentaux. Le mot « république » qui signifie au sens propre « chose publique » et désigne l’intérêt général est l’héritage démocratique de la Révolution Française. Dès lors, au-delà des impératifs inhérents à toute activité économique, le but premier d’une entreprise, contrairement à ce qu’il est permis de croire aujourd’hui, n’est pas seulement de « faire de l’argent ». C’est d’être acteur de la cohésion sociale et de participer au développement économique de la Nation dans l’intérêt du plus grand nombre avec l’objectif ultime de créer des emplois plutôt que d’avoir l’œil rivé sur les cours de la bourse ! Or, pire qu’une américanisation par simple effet de mode ou d’intérêts économiques, l’automatisation induit, de fait, l’automation, l’informatisation, la numérisation, la robotisation… et prend le contre-pied de cette logique républicaine, favorisant et valorisant l’argent facile avec la mise en place d’une nouvelle forme d’esclavage moderne. En Corée du Sud, les robots qui ont déjà investi les écoles primaires, bénéficient d’une  charte éthique. Bref, une véritable déshumanisation est, désormais, en cours à l’échelle de la planète ! 
L’automatisation est pilotée, orchestrée et manipulée par le grand capital. Les réponses aux timides interrogations ou objections des citoyens, usagers, consommateurs eu égard à ces nouveaux dispositifs… ne manquent pas. La pieuvre de l’automatisation ne cesse d’étendre ses tentacules sous couvert « d’amélioration des conditions de travail », de « modernisation », de « progrès », d’« évolution », de « gain de temps » et de « sécurisation » à outrance : nouvelle gestion du personnel, du client et de l’humain, moyens de paiement, transactions bancaires, caméras de surveillance… Au cas où un doute persisterait à ce propos, ce n’est pas être « conspirationniste » que de dénoncer, avec force et détermination, les abus et dangers de l’automatisation qui ne cessent de creuser une fracture numérique entre les mieux lotis et les déjà exclus du système ce qui, par voie de conséquence, et qui sont indignes de la grandeur de notre Nation.

 

Démocratie

Selon la célèbre formule d’Abraham Lincoln (16e président des Etats-Unis de 1860 à 1865), la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ». C’est l’une des définitions canoniques couramment reprise, ainsi qu’en témoigne, par son introduction, la Constitution de 1958 de la 5e  République française. Aux antipodes de la  démocratie, l’automatisation impose un fonctionnement dictatorial, sans foi ni loi, à la faveur exclusive de l’économie de marché. A la fois antidémocratique et anticonstitutionnelle par ses multiples applications, n’aurait-elle pas d’autres objectifs, inavoués, que ceux de détourner, insidieusement, la réglementation en vigueur ? En effet, tous les aspects néfastes (entendre par là au détriment du citoyen-consommateur) de ces récentes techniques et technologies ne tombant pas encore sous le coup de la loi ou encore « trop imprécises » à ce jour. D’autant que la plupart des organismes mettant en place des services automatisés frisent, voire, tombent quotidiennement, dans l’illégalité et ce, dans l’indifférence générale ou, pire, l’acceptation tacite de chacun privant ainsi de liberté, jour après jour, les citoyens, les consommateurs, les usagers. L’automatisation qui donne lieu à la mise en données du monde2 verrouille tout (fichiers, certifications, données numériques…) et conduit à évoluer dans un cadre numérisé, quasi virtuel, où la fiction dépasse la réalité. Elle favorise des relations robotisées à caractère impersonnel. En somme, une société qui, sur le plan humain, devient totalement sclérosée, aseptisée, chlorophormée avec, comme but ultime pour les organismes à l’origine de ces pratiques, réduire leur activité à la simple ouverture du tiroir-caisse et reléguer l’homme au second plan !
L’automatisation, notamment au moyen de la dématérialisation  et la diversification  des services vise, enfin, à mettre au pas les populations, désormais programmées en bons petits soldats d’une économie mécanisée qui mène le monde à la solde de l’oligarchie financière et du capitalisme mondialisé. Concrétisée par la « dématérialisation » des services, elle semble poursuivre un but ultime : le profit avant tout, le pouvoir et l’asservissement des peuples au seul bénéfice du plus fort et du plus riche ! Il ne s’agit pas, en effet, d’être réfractaire aux nouvelles techniques et technologies mais il convient, simplement, d’alerter et de s’opposer à toute évolution susceptible d’aller à l’encontre des libertés fondamentales. Il est grand temps de tirer la sonnette d’alarme ! En effet, quels que soient les avantages de ce dangereux avènement car il y en a, comme dans toutes les avancées technologiques. Ceux-ci ne valent pas toutefois  de mettre en péril des biens communs, aussi précieux que fragiles, tels que les libertés, la République et la démocratie.

 

  1. L’automatisation tue plus d’emplois qu’elle n’en crée. 47% des emplois existants seraient automatisés en 2035 (Etude Université d’Oxford, 17 septembre 2013). Lire aussi à ce sujet l’article intitulé « 47 % des emplois seraient automatisables d’ici 20 ans » de Pierric Marissal dans l’Humanité.fr du 14 août 2014.
  2. Le Monde diplomatique n° 712 de juillet 2013

 

chevron-right chevron-left

 

Print Friendly, PDF & Email