Le combat du Dr Maschi pour atténuer les symptômes de la sclérose en plaques


Dr Jean-Pierre Maschi. Dessin : Luana
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Médecin généraliste, titulaire d’un diplôme en hygiène, en médecine du travail, en maladies tropicales et en médecine aéronautique, Jean-Pierre Maschi peut se prévaloir d’un parcours brillant.  Pourtant, lorsqu’il osa formuler une hypothèse pour définir les causes de la sclérose en plaques et en proposer un traitement non curatif mais capable d’en soulager les symptômes, il reçut les foudres du corps médical. Ce parcours témoigne du fonctionement d’un Ordre ancré dans une tradition hiérarchique qui suit ses propres règles.

 

En 1958, Jean-Pierre Maschi commence sa carrière de médecin à Madagascar. Il y exerce sept ans, avant de s’installer, avec sa famille, dans sa ville natale de Nice. Rapidement, le médecin est pris de violents maux de tête qui deviennent de plus en plus handicapants. Cette souffrance personnelle fut l’élément déclencheur d’une recherche qui détermina la tournure tragique que prit son existence.

 

Du constat à l’hypothèse

Le Dr Maschi constate que l’intensification de ses douleurs coïncide avec son retour en France et que celles-ci varient selon les conditions météorologiques. En parallèle, le docteur est frappé de rencontrer chez ses patients de nombreux cas d’affections rhumatismales, cardiaques, et nerveuses, pratiquement inexistants à Madagascar.
Ces observations l’encouragent alors à se documenter sur la « météosensibilité », c’est-à-dire sur la réaction des corps humains aux phénomènes électriques induits par les variances météorologiques. Il suppose alors l’existence d’un lien entre la pollution électromagnétique dans les pays développés et la santé.
Pour creuser son hypothèse, Jean-Pierre Maschi expérimente lui-même un certain nombre de pratiques susceptibles de contrer les effets de la pollution électrique sur le système nerveux. Il supprime ainsi de sa garde-robe les vêtements en fibres synthétiques pour ne plus porter que des habits en fibres naturelles. Il limite au maximum les contacts avec les appareils électriques (téléviseurs, appareils d’électroménager…). Et il s’applique à marcher « pieds nus » le plus souvent possible pour permettre à son corps, en contact avec le sol, de se décharger de l’électricité statique qu’il aurait accumulé. Ses maux de tête se raréfient significativement.

 

Des résultats inespérés

Au printemps 1967, le Dr Maschi reçoit en consultation la propriétaire de la boulangerie du vieux de Nice, souffrant de la sclérose en plaques. Cette grave maladie, qui touche la moelle épinière et provoque un dysfonctionnement du système nerveux, est encore un mystère pour la médecine qui ne sait en proposer de traitement, ni réellement en définir les causes. La patiente est lourdement atteinte, elle se déplace à l’aide de cannes, et subit un trouble important de la parole. Le médecin s’intéresse alors à cette maladie et suppose qu’il s’agit, non pas d’un virus, comme le prétend alors la médecine, mais d’une « maladie de civilisation », due à la fois à un facteur génétique et à un facteur d’environnement, ce qui expliquerait qu’elle soit quasiment inconnue dans l’hémisphère sud. Il propose à sa patiente de suivre les recommandations qu’il a lui-même expérimentées. En quelques mois, celle-ci voit ses symptômes diminuer, lui permettant bientôt de se déplacer sans l’aide de cannes. Sa métamorphose ne passe pas inaperçue dans le vieux Nice. Les clients de sa boulangerie manifestent le plus grand étonnement face à l’extraordinaire résurrection de cette femme. Le médecin, encouragé par cette réussite, commence alors à dispenser les mêmes soins à d’autres de ses patients, et continue à obtenir des résultats encourageants.
La presse ne tarde pas à s’intéresser aux patients du Dr Maschi. Guy Duschenois, alors directeur du bureau de l’Agence France Presse (AFP) à Nice, publie une première dépêche, en 1968, relatant les résultats de la thérapie proposée par le docteur niçois.

 

La colère de l’Ordre des médecins

La parution de la dépêche provoque un emballement médiatique autour de Jean-Pierre Maschi. Et cette exposition publique ne plaît guère au Conseil de l’Ordre des médecins des Alpes Maritimes qui convoque le « docteur miracle », comme l’appelle désormais la presse, au début du mois d’avril de la même année. Le Président de ce Conseil, en présence des 17 autres membres, accuse le médecin niçois de « porter atteinte à l’honneur de la médecine. »1 Suite à cette convocation, le Dr Maschi reçoit une plainte du Conseil de l’Ordre des médecins, du ministère de la Santé et même du Préfet des Alpes-Maritimes pour « publicité mensongère » et « charlatanisme ».
En Novembre 1968, le Conseil de l’Ordre décide de le radier à vie, lui interdisant ainsi d’exercer la médecine. Jean-Pierre Maschi a alors quarante ans. Il ne se laisse pas abattre et fait appel auprès du Conseil pour que son cas soit réexaminé. Il demande qu’une enquête soit réalisée auprès de ses patients. Rappelons que le médecin n’a jamais prétendu avoir trouvé le remède contre la sclérose en plaques, mais il défend les bienfaits d’une thérapie qui a prouvé son efficacité pour en diminuer significativement les symptômes. De leur côté, les patients du Dr Maschi, au nombre de 400, créent une association, et organisent un Groupement de défense pour la « maschithérapie ». Guy Duschenois apporte également son soutien à Jean-Pierre Maschi, et témoigne publiquement de son entière responsabilité dans la médiatisation de ce dernier. Mais le 12 février 1970, la demande en appel du médecin est définitivement rejetée. Il continuera cependant à exercer illégalement, ce qui lui vaudra deux procès de la part de professeurs de l’Ordre qui ne se déplaceront même pas pour l’audience. Les juges condamneront par deux fois Jean-Pierre Maschi à des peines dérisoires. Il sera finalement réhabilité en 2002 par le président de la République, Jacques Chirac.
Ce parcours est significatif d’un système de légitimation par les Ordres susceptible d’empêcher le progrès. Si Jean-Pierre Maschi était resté dans l’anonymat, l’Ordre ne se serait probablement pas éveillé pour lui. Mais la médiatisation massive du docteur a fortement déplu aux dignes représentants de la médecine française qui réprouvent toute concurrence ombrageuse. Le Dr Maschi avait pourtant, dès l’automne 1967, contacté le président de l’Ordre des médecins pour exposer ses observations… Mais sa démarche n’avait alors suscité qu’une cordiale indifférence.    

  1. Savants Maudits, chercheurs exclus, Pierre Lance, 4 tomes, collection « Guérisons interdites, survivants illégaux », Guy Trédaniel Editeur.
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