La « Tour à Vortex » d’Edgard Nazare, écologiste avant l’heure


Edgard_Nazare dans L'Echo d'Alger du 30 janvier 1958. Crédit : DR
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Ingénieur aéronautique, Edgard Nazare (1914-1998) est l’auteur de nombreuses inventions dont la « Tour à Vortex » qui permet de générer de l’énergie de manière écologique, grâce aux rayons solaires. Pourtant, aussi modernes qu’aient été ses inventions, l’ingénieur n’a jamais réussi à convaincre les grandes entreprises françaises d’exploiter ses découvertes qui auraient pourtant potentiellement été des plus bénéfiques pour la planète.

 

Né en 1914 en région parisienne, Edgard Nazare a suivi ses études à Paris avant de partir vivre en Algérie ou il restera vingt ans. Co­-fondateur du Bureau Aéronautique d’Alger, l’ingénieur a publié, en tant que journaliste scientifique, de nombreux articles sur l’énergie, le nucléaire, ou encore l’astrophysique, sujets qui le passionnaient. Mais son plus grand projet est probablement la « Tour à vortex », aussi connue sous le nom de « Tour Lazare », à laquelle il consacra plus de vingt années de sa vie.

 

La Tour à Vortex

Alors qu’il vit et travaille en Algérie, Edgard Nazare observe le phénomène des « tourbillons de sable », fréquents au Sahara. Cette observation, étudiée au prisme de la science, est à l’origine de son projet de construction d’une centrale aérothermique : la « Tour à vortex ».
Le fonctionnement de cette centrale est simple, elle exploite simplement le principe de l’effet de serre de manière à chauffer de l’air destinée à activer des turbines thermiques (dont l’utilisation est courante dans le domaine de l’aéronautique). Elle se présente sous la forme d’une tour métallique de 300 mètres de hauteur, assise sur une base de 300 mètres de diamètre. L’air, chauffé dans la base grâce au rayons solaires et à l’effet de serre, s’engouffre dans la tour, vers le sommet,  produisant un vortex, c’est à dire un tourbillon semblable aux tourbillons de sable. La force produite amorce un système de turbines qui produisent ainsi de l’énergie électrique. Ce système permettrait, en théorie, de produire au moins 700 mégawatts.
Edgard Nazare dépose ainsi un brevet pour la « Tour à Vortex » en 1956, et tente alors d’intéresser l’entreprise française EDF. Il imagine une solution pour adapter le principe de sa centrale aux pays tempérés, moins exposés aux rayons solaires, en insérant à la base de la tour une centrale nucléaire au thorium, seul isotope naturel.

 

La puissance d’un lobby nucléaire ?

Au lendemain de la COP21, alors que les problématiques des incidences de notre production d’énergie sur la planète occupent tous les esprits, il semble absurde de constater que, plus de quarante ans après le dépôt du premier brevet d’Edgard Nazare concernant la « Tour à Vortex », aucune étude n’ait encore été engagée. Un consensus mondial semble avoir décidé de privilégier le pétrole, puis l’uranium et le nucléaire, au détriment d’une solution écologique de production énergétique. Rappelons, pour mémoire, que les centrales nucléaires produisent des déchets radioactifs dangereux aussi bien pour l’homme que pour son environnement. Elles rejettent également des tonnes de produits chimiques nécessaires à leur fonctionnement. De plus, l’extraction de l’uranium a causé de graves contaminations du territoire et des populations, notamment en Afrique, comme en témoigne l’affaire concernant l’entreprise Areva, accusée en 2009 d’avoir consciemment négligé les principes de sécurité de base, au Niger, entraînant ainsi « des conséquences sanitaires et sociales désastreuses pour la population locale (à majorité touareg) et pour l’environnement »1. Enfin, l’uranium s’épuise et son prix augmente d’année en année. Le nucléaire n’est donc pas une solution énergétique durable.
Dans un article d’Edgard Nazare, paru en 1985 dans la revue L’Ere Nouvelle, le scientifique s’interroge sur les raison d’un tel choix. « Pourquoi avoir voulu systématiquement ignorer la proposition d’étudier les centrales aérothermiques ? » écrit-il. « Même s’il y a des points d’interrogation, est-ce qu’il n’y en a pas eu dans toutes les techniques ? Et le nucléaire ? Combien de tâtonnements et de milliards non pris en compte dans les amortissements ? Qu’importe, dit-on, c’et le prix du progrès et de la science ; dans ce cas n’y a-t-il pas d’intérêt scientifique dans l’étude des cyclones in situ ? La démarche valait l’enjeu, avec l’espoir de satisfaire des pays qui n’ont pas d’énergie mais qui, par contre, possèdent d’autres richesses dont tout le monde tirerait profit, la France la première »2.
La réponse ne va pas de soi, et on ne peut ici que supposer les motivations profondes des Etats concernés. Pierre Lance, auteur des Savants Maudits, Chercheurs exclus3, est quant à lui persuadé que ce n’est autre que le lobby nucléaire qui est à l’origine de la mort prématurée du projet d’Edgard Nazare : « Tout indique que le développement de cette idée (la « tour à vortex ») a été empêchée dès 1960 par le lobby du nucléaire »4.
Cette hypothèse est recevable mais n’explique pas, aujourd’hui, pourquoi aucun essai de la « Tour à vortex » n’est envisagé en France, aussi bien par le secteur public que par le secteur privé… Jusqu’à quand nos dirigeants nieront-ils la gravité de situation ? Combien de Tchernobyl et de Fukushima ? La question reste en suspend alors que les plans de la « Tour à Vortex » dorment toujours.

  1. Dépêche de l’AFP (Agence France Presse), « Niger: un collectif s’inquiète des conditions d’exploitation de l’uranium par Areva »,  4 mai  2009.
  2. « L’homme peut faire des cyclones et dompter leur énergie »,  Edgard Nazare, L’Ere Nouvelle, n° 52, Juillet-août 1985.
  3. Savants Maudits, chercheurs exclus, Pierre Lance, 4 tomes, collection « Guérisons interdites, survivants illégaux », Guy Trédaniel Editeur.
  4. Savants Maudits, chercheurs exclus, Pierre Lance, 4 tomes, collection « Guérisons interdites, survivants illégaux », Guy Trédaniel Editeur.
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