Euro 2016 : la massification fanatique du football


Dessin : Luana
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L’Empire football est en phase de croissance maffieuse. Ses modèles d’identification sont des champions de l’évasion fiscale ou des golden bad boys abrutis par l’entraînement intensif, les pilules de l’effort et les matchs à répétition. En dépit de cela, la France accueille à grands frais, du 10 juin au 10 juillet prochains, le produit commercial phare de l’Union des associations européennes de football (UEFA) : l’Euro 2016. Une « fête populaire et festive » selon Michel Platini, le fossoyeur du « fair-play financier » dans le football européen dominé par les fonds d’investissement qataris ou russes et miné par l’affairisme offshore. Une « chance donnée à la nation » selon François Hollande, le président d’une France exsangue, ravagée par un taux de chômage record, des conditions de travail désastreuses, la déliquescence des services publics, l’augmentation de la pauvreté et l’angoisse tétanisante des attentats terroristes. En fait, le règne de la diversion politique et de la massification des consciences.

 

La vie en Bleu : une propagande d’État

« Because football doesn't matter. Money does » est une banderole déployée par les supporters du club Legia Varsovie pour protesyer contre les affaires qui secouent l'UEFA. Crédit : DR
« Because football doesn’t matter. Money does » est une banderole déployée par les supporters du club Legia Varsovie pour protesyer contre les affaires qui secouent l’UEFA. Crédit : DR

Ardemment souhaité par Nicolas Sarkozy alors qu’il était le président « bling bling » d’une République offerte aux patrons du CAC40 et convolant en justes noces franco-allemandes vers les pires horizons ultra-libéraux de l’austérité européenne, l’Euro 2016 de football a été attribué à la France le 28 mai 2010, par 7 voix contre 6, aux dépens de la Turquie. À l’issue d’une campagne de candidature très politique, organisée par la Fédération française de football (FFF) et soutenue, dans un grand élan d’unanimisme sportif, par le gouvernement Fillon y décelant la force du leurre idéologique, et par toute l’opposition de gauche – le Parti communiste français (PCF) en tête… 1 – en pamoison devant le dieu football, M. Sarkozy annonçait triomphalement le succès de la France : « Ce n’est pas l’engagement de la Fédération ou de la Ligue, mais l’engagement de tout un peuple, expliquait-il sans avoir jamais consulté démocratiquement ledit peuple. […] C’est justement parce qu’il y a une crise, qu’il y a des problèmes, qu’il faut mobiliser tout un pays vers l’organisation de grands événements. […] Et qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le sport et, à l’intérieur du sport, qu’est-ce qu’il y a de plus fort que le football ? » (AFP, 28 mai 2010). Ainsi les dés étaient jetés : la France, essorée par les crises financières et économiques, durement frappée par des plans d’austérité drastique, livrée en proie aux politiques successives de casse du service public, de diminution des salaires et des niveaux de retraites, de licenciements massifs et de destruction des protections sociales, était sommée de « retrouver le moral » en devenant la structure d’accueil et de développement du business footballistique.

En 2014, alors qu’elle était ministre des Sports, Najat Vallaud-Belkacem estimait que l’Euro 2016 devait devenir « l’occasion de remettre du bleu dans l’esprit des gens » (sports.gouv.fr, 25 avril 2014) ; ou de voir la vie en bleu quand on ne peut plus la voir en rose, en somme ! Comme on pouvait s’en douter, la droite avait rêvé de l’Euro 2016 et c’est aujourd’hui la gauche gouvernementale, alliée du patronat et supportrice du libéralisme, qui le réalise. En dépit du fait que Michel Platini, actuel président de l’UEFA, Joseph « Don Blatterone » Blatter, président démissionnaire de la Fédération internationale de football Association (Fifa), et Gianni Infantino, nouveau patron prétendu « propre » du foot mondial, soient aujourd’hui les symboles de l’escroquerie fiscale et de la délinquance en col blanc du ballon doré2, le président Hollande et tout le gouvernement Valls aux abois avant les prochaines élections présidentielles, veulent faire de l’Euro une « cause nationale » et appellent même à une « mobilisation générale » pour que cette compétition de mercenaires du crampon payés 1 000 fois le smic soit « une grande fête nationale » destinée à rendre « la France heureuse et fière », « un coup de booster au moral », un levier pour « accroître l’enthousiasme général » (AFP, 12 septembre 2014). La propagande d’État pour l’Euro 2016, relayée par les médias et les fanatiques du ballon rond – journalistes intoxiqués par la footmania, intellectuels footolâtres, politiciens supporters – résonne en fait comme un tambour tapé par la Fifa, l’UEFA et la FFF. Cette mise en condition massive, avec ses slogans mercantiles, son affairisme publicitaire, sa mobilisation nationaliste, a déjà envahi tout l’espace public comme une vaste opération de chloroformisation des consciences. L’unanimisme tapageur de l’Empire-football est là pour susciter la « solidarité nationale » autour des « Bleus », à empêcher quiconque de penser autrement qu’en supporter exalté, à entretenir l’enthousiasme pour un événement entièrement dévolu aux intérêts financiers des sponsors, partenaires et actionnaires du foot. Tout se passe donc comme si les holdings affairistes du football rassemblées dans les tribunes VIP des stades modernisés, étaient invitées à faire du territoire de la République un nouvel Eldorado du fric à gogo !

 

Tout se passe comme si les holdings affairistes 
du football étaient invitées 
à faire du territoire de la République 
un nouvel Eldorado du fric à gogo

 

Arènes privatisées et état d’urgence footballistique

Denni Strich, Guy-Laurent Epstein, Niall Sloane, Gianni Infantino et Matt Lorenzo ont pris part à la conférence de presse Soccerex European Forum en 2012. Crédit : Soccerex, Steve Bridges
Denni Strich, Guy-Laurent Epstein, Niall Sloane, Gianni Infantino et Matt Lorenzo ont pris part à la conférence de presse Soccerex European Forum en 2012. Crédit : Soccerex, Steve Bridges

En effet, loin de remettre en cause l’arrogance fiscale de l’UEFA, dont les statuts dignes d’une amicale bouliste permettent à ses dirigeants séduits par les sociétés offshores de gérer confortablement en Suisse des recettes pouvant atteindre plusieurs milliards d’euros en ne payant que 400 euros d’impôts locaux par an (Libération, « L’UEFA impose le fisc fucking », 11 novembre 2014), le gouvernement socialiste, honorant en cela les promesses de M. Sarkozy à Michel Platini en 2010, s’est empressé de faire voter par l’Assemblée nationale, début décembre 2014, l’article 24 du projet de loi de finances rectificative qui exempte purement et simplement la société commerciale « Euro 2016 SAS » d’impôts et de taxes pour toute la durée de la Coupe d’Europe (Lemonde.fr, 5 novembre 2014). Ainsi l’État se privait-il volontairement, en temps de crise et d’austérité, de « sueurs et de larmes » pour les salariés, de plusieurs centaines de millions d’euros de recettes fiscales. Qui plus est, s’engageant tout aussi volontiers sous les fourches caudines des diktats de l’UEFA, il acceptait de prendre en charge, via les collectivités territoriales et les partenariats « public-privé » tout au profit des grosses entreprises de bétonnage (Bouygues, Vinci, Eiffage, Fayat, etc.), les 1,6 milliard de frais de construction et de rénovation des grands stades (et de l’acheminement vers tous ces « chaudrons ») reconnus par le Conseil d’État d’« intérêt général ». La « kleptocratie » du football avait encore frappé et, comme il est de coutume dans ce genre d’opérations dont les peuples portugais (Euro 2004), espagnol (Euro 2008) et polonais/ukrainien (Euro 2012) ont déjà largement fait les frais, la privatisation des profits – environ 2 milliards de recettes et près de 900 millions de bénéfice net prévus pour l’UEFA – détermine la socialisation des pertes et le malheur des expropriés. En l’occurrence, quoi qu’en dise l’étude commanditée par l’UEFA et menée dans des conditions d’indépendance scientifique douteuses par les économistes du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges (Lesechos.fr, 16 septembre 2015), l’impact économique prévu de 1,27 milliard d’euros ne saurait masquer le désastre réel de la politique de construction/rénovation des grands stades. Elle se résume en quelques mots : les finances publiques sont injectées par centaines de millions d’euros dans la production et la protection militaro-policière d’arènes sportives pharaoniques qui sont en train de devenir, en raison même de leurs coûts délirants, la propriété privée des clubs les plus fortunés, des sponsors (« naming » des stades) et des consortiums d’investissement du foot-business. Le football et les stades ne brassent donc pas les cultures, comme le prétendent les tenants de la gauche « black-blanc-beur » encore toute retournée d’avoir chanté « et un et deux et trois zéro » en 1998, ils brassent uniquement de l’argent plus ou moins sale, des dettes à profusion, des salaires et des droits de diffusion astronomiques, sans compter les fortes subventions municipales sur l’argent des contribuables qui doivent aussi subir l’augmentation du prix des loyers, des taxes locales, des transports, des produits courants et des multiples nuisances liées au circus footballistique (bruits, embouteillages, dégradations, présence policière, etc.).

 

Le football et les stades ne brassent pas 
les cultures, ils brassent uniquement 
de l’argent plus ou moins sale, 
des dettes à profusion

 

Et il faudrait en plus « résister à la terreur» par le football ! « Ne pas donner une victoire aux terroristes» en annulant l’Euro 2016 ! « La réponse au terrorisme, insiste même Manuel Valls, invité spécial de l’émission Stade 2, c’est la vie, c’est le mouvement, c’est la jeunesse, c’est donc le sport» ! Et François Hollande rajoute une louche de démagogie en lançant, depuis l’Insep, que l’Euro 2016 est « une réponse à la haine» ! Tels sont les mots d’ordre mi-martiaux mi-clownesques du gouvernement qui, au lendemain d’un nouvel attentat de Daesh en Europe, à Bruxelles, s’enflamme pour la « fête citoyenne » du ballon franchouillard. Grâce à un « dispositif de sécurité sans précédent » présenté par le secrétaire d’État aux Sports Thierry Braillard comme le summum de la vigilance anti-terroriste7 – à l’instar, naguère, de la ligne Maginot -, les passionnés de foot, shootés des pelouses vertes et autres grands enfants du ballon rond sont assurés par les plus hauts représentants de l’État de pouvoir « s’éclater » en toute insouciance dans les ambiances festives des matchs et des troisièmes mi-temps tandis que des centaines de familles endeuillées par la barbarie islamiste pleureront encore leurs disparus. Coûte que coûte et vaille que vaille, la société du football-spectacle aura donc sa débauche de fric, de beuveries, de nationalismes, de vociférations, de gesticulations gluantes, de débordements violents. La paix des brutes sera alors assurée par un dispositif sécuritaire digne d’un état de siège afin que des foules parquées en masse et en nasse puissent dire « même pas peur » aux chevaliers de l’Apocalypse du djihad islamiste… The show-business must go on !

 

Terreur et massification : un cocktail explosif

Il est tout à fait irresponsable, mais bien coupable, de maintenir la massification footballistique – 2,5 millions de spectateurs attendus dans les 10 stades impliqués dans la compétition, 7 millions dans les « fan zones » (entre 10 000 et 100 000 personnes par « fan zone » de 10 heures du matin à minuit) – dans un contexte de démultiplication rhizomatique des opérations victorieuses de Daesh et des diverses succursales du terrorisme islamiste en Europe et dans le monde entier. François Hollande et Manuel Valls martèlent que « la France est en guerre » mais ils organisent les folies bergères du short et du crampon à ciel ouvert comme une vaste cible agitée devant l’ennemi ! N’est-ce pas le signe d’un fantasme collectif de toute-puissance archaïque, d’une régression infantile liée à l’addiction massive au football, que de vouloir à tout prix « vibrer football » – selon le slogan de Coca-Cola, partenaire historique officiel du foot-business – alors que, selon Bernard Cazeneuve, un « haut niveau de menace » est décrété et que l’on découvre, chaque jour, les défaillances majeures dans les dispositifs de lutte contre les cellules et réseaux des fanatiques sanguinaires d’Allah et du Coran ? Qui protège qui dans cette affaire ? Qui surveille qui ?

Il ne peut échapper à personne aujourd’hui que l’état d’urgence footballistique, qu’aucun des plus fervents critiques de l’état d’urgence post-attentats ne remet en cause, bien au contraire, va provoquer une diminution drastique des libertés individuelles et relever d’un cran la tension sociale générale. Pendant un mois, la France, menacée par les terroristes islamistes et par les barbares du football (hooligans, ultras, casuals et autres supporters ultra-violents), va en effet être quadrillée par des armadas de policiers, des escouades de CRS, des bataillons de militaires, des essaims d’agents secrets (publics et privés), des réseaux tentaculaires et inextricables de vidéos et de surveillances électroniques. Plus encore pour cet Euro 2016 que pour les précédents, la prétendue « fête des peuples » se fera donc dans un périmètre quasi carcéral, comme ce fut le cas au Chili en 1973 ou en l’Argentine de 1978 ! Les forces de l’ordre, déjà exténuées par des charges de travail énormes (et souvent absurdes…) à la suite des attentats de janvier et de novembre 2015, seront sous pression. Compte tenu de leur mobilisation intensive pour l’Euro 2016 et de la dispersion de leurs missions, cela affaiblira nécessairement la surveillance des sites ultra sensibles et autrement plus stratégiques que les stades, par exemple les centrales nucléaires, les aéroports, les ports, les gares, les installations militaires, les centres de recherche, les universités, etc. Comme les récentes manifestations des lycéens et étudiants contre la « loi travail » El Khomri l’ont montré, on peut s’attendre à de violentes altercations avec des forces de l’ordre matraquant ou dégainant plus vite que leur ombre. Faudrait-il s’en satisfaire au prétexte de ne pas « gâcher la fête du foot » ? Bien sûr que non. Le football, l’histoire l’a déjà montré, est non seulement l’instrument mais aussi l’incubateur idéologique des régimes autoritaires et des dictatures. Même s’il est aujourd’hui présenté par les plus fervents thuriféraires de la footmania comme un rempart ou une résistance au terrorisme islamiste, il n’en reste pas moins le principal vecteur de la France Big Brother, sous les applaudissements énergiques et les olas vibrantes de la gauche plurielle, de la « gauche de la gauche » et de l’extrême gauche.

 

La prétendue « fête des peuples » 
se fera dans un périmètre quasi carcéral, 
comme ce fut le cas au Chili en 1973

 

Paupérisation culturelle et opium des intellectuels

« Le rendez-vous de l’Euro 2016 » qui s’impose comme un matraquage publicitaire et un pilonnage médiatique dignes des propagandes d’État des ex-pays socialistes fonctionne comme une immense campagne de diversion politique et d’encadrement idéologique. Les diverses opérations « Euro 2016 » impulsées par l’appareil d’État, notamment dans les écoles, les lycées, les universités, cherchent à imprimer dans les cerveaux la « passion triste » (Spinoza) du football et à inculquer le réflexe supportériste. Le milieu associatif propose divers « ateliers de tifologie » pour permettre aux adolescents de participer à l’euphorie générale du football en fabriquant des banderoles ou en apprenant à se peindre le corps (Leparisien.fr, 21 février 2016). Les villes hôtes qui accueilleront plus facilement que les réfugiés politiques des milliers de supporters atteints, l’alcool aidant, de bouffées délirantes chauvines, transforment l’espace public en « fan zones » sponsorisées, en panneaux publicitaires pour les partenaires officiels de l’UEFA et en parc humain sous surveillance. Tous les grands médias sont déjà aux ordres des nababs du football et s’apprêtent, comme d’habitude, à devenir la chambre d’écho des « merveilleuses histoires » du ballon rond et autres feuilletons addictifs à base de grandes revanches et de petits bobos. Les industries du show-biz, adeptes du neuromarketing, lancent derrière David Guetta et ses sons technos d’élimination de la pensée, toute une armada de « peoples » grimés aux couleurs de la France (Huffingtonpost.fr, 14 décembre 2015), prêts à inonder les foules d’émotions positives libérant les pulsions d’achat. Les marchandises ordinaires ont déjà entamé leur carnaval étourdissant afin que tous les consommateurs mangent, boivent, respirent, vivent intensément l’Euro, au diapason de l’idolâtrie du foot et de ses stars.

 

Depuis la « divine victoire » 
des Bleus au Mondial 1998, 
la grande majorité des intellectuels 
distille systématiquement l’idéologie du football

 

Dessin : Luana
Dessin : Luana

Il est vain d’espérer des intellectuels hypnotisés, captivés et abrutis par le foot qu’ils combattent cette vaste entreprise mercantile de massification des esprits qui « tend à rapprocher les peuples de l’état des batraciens». Pour Alain Finkielkraut, promu académicien et « patriote malgré lui » quand il regarde l’équipe de France, « l’ambiance d’un stade qui vibre à l’unisson est irremplaçable». Pour l’ethnologue des tribunes Christian Bromberger, « le grand match de football, épreuve aujourd’hui la plus populaire à travers le monde, s’offre ainsi comme un événement exemplaire qui condense et théâtralise, à la manière de la fiction ludique et dramatique, les valeurs fondamentales qui façonnent nos sociétés10 ». D’après le philosophe Jean-Claude Michéa dissertant sur l’essence du « vrai football », « l’univers du football offre encore un certain nombre de prises à une vision non capitaliste de la vie11 ». Même Michel Onfray fait l’éloge du « football populaire, moral et bienfaisant [qui] existe déjà12 » ! Tandis que le sociologue des « mutins de Knysna », Stéphane Beaud, cultive le foot « comme une sorte de jardin secret13 » et que le géopolitologue Pascal Boniface déclare avoir dix ans et faire régner « une dictature domestique implacable au sujet du foot » lors des matchs de Coupe du monde14… Depuis la « divine victoire » des Bleus au Mondial 1998, la grande majorité des intellectuels, toutes disciplines confondues, distille systématiquement l’idéologie du football. Des géopoliticiens de la « planète ronde comme un ballon » aux ethnologues des « passions partisanes », en passant par les sociologues supporters du tribalisme supportériste ou des caïds des surfaces, les philosophes adeptes des « grâces techniques » ou des « mauvais gestes », les anthropologues du « foot citoyen », les écrivains de la « mélancolie du foot » et les poètes lyriques de la « communion nationale », des « extases historiques » et autres « fols orgasmes » de la victoire, toute une équipe de short-intellos, avec vedettes médiatiques et remplaçants, s’est progressivement constituée pour applaudir un football qui exsude le fric, les combines et les violences. Et tandis que ce football, comme l’analysait dès 1949 Theodor W. Adorno, « n’est pas un jeu mais le rituel par lequel les assujettis célèbrent leur assujetissement » et qu’il devient en ce sens « le reflet incolore d’une vie durcie, froide15 » , le nec plus ultra des revues de sciences humaines est encore de se demander si le foot est de gauche, si l’on peut toujours l’aimer comme avant ou si l’on peut sauver son « esprit de don ». Ainsi l’intelligentsia participe-t-elle, en déniant, en euphémisant ou en déplaçant le problème, à la destruction de la culture au profit de la seule valeur que le football impose aux jeunes en manque d’identification : gagner de l’argent par tous les moyens ! Et la défaite de la pensée consacre l’obscurantisme du football…             

 

  1. Se référer à la lettre de soutien du PCF au président de la FFF pour la candidature de la France à l’Euro 2016, le 14 janvier 2010. Marie-George Buffet y estime que « le football, tel un démiurge, joue son rôle fondamental de fraternité et de pacification ». Fraternité des fonds de pension et pacification des gros patrons…
  2. Se référer à l’article de Rémi Dupré et Yann Bouchez, « Panama Papers : la mystérieuse société offshore de Michel Platini », Le Monde, 5 avril 2016 ; Rémi Dupré et Adrien Pécout « Panama Papers : le contrat douteux signé par Gianni Infantino, le nouveau patron de la FIFA », Lemonde.fr, 5 avril 2016.
  3. Déclaration de Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur (AFP, 22 mars 2016).
  4. Déclaration de Manuel Valls, Premier ministre (Europe 1, 23 mars 2016).
  5. Manuel Valls, Stade 2 dimanche, 27 mars 2016.
  6. Déclaration de François Hollande à l’Insep, le 29 mars 2016 (AFP, 29 mars 2016).
  7. Déclaration de Thierry Braillard, secrétaire d’État aux Sports (L’Équipe, 23 mars 2016).
  8. La Dialectique de la raison. Fragments philosophiques, Max Horkheimer et Theodor W. Adorno, Paris, Gallimard, 1996, p. 52.
  9. Sports, n° 27, 1 er octobre 2004.
  10. Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde, Christian Bromberger, Paris, Bayard Éditions, 1998, p. 10.
  11. « Quelques propos sur le football », Jean-Claude Michéa, in Revue du Mauss, n° 46 (« L’esprit du sport. Entre jeu, don et démesure »), Paris, La Découverte, 2015, p. 45.
  12. « Michel Onfray parle de football », entretien avec Hourrafoot.com, 27 mai 2009.
  13. SoFoot.com, 22 mars 2011.
  14. Football et Mondialisation, Pascal Boniface, Paris, Armand Colin 2006, pp. 6-7.
  15. « Le schéma de la culture de masse », Theodor W. Adorno, in Mortibus, n° 10/11 (« Masses & moi »), automne 2009, p. 96.

 

À propos de Quel Sport ? et Fabien Ollier

Depuis 2007, la revue Quel Sport ?, organe de la Section française de la critique internationale du sport, propose des analyses critiques pluridisciplinaires qui entendent élucider les dimensions politiques antidémocratiques, les fonctions idéologiques de chloroformisation des consciences et les effets psychopathologiques du sport-spectacle de compétition. Elle s’inscrit dans l’histoire de la Théorie critique du sport développée au sein de la revue Quel Corps ? (1975-1997), notamment par le sociologue Jean-Marie Brohm. Théorique et militante, Quel Sport ? s’efforce de comprendre et dénoncer la matrice idéologique réactionnaire du sport devenu en quelques années un conglomérat de multinationales capitalistes et mafieuses qui cherchent à maximiser leurs profits par l’extrémisation de la maîtrise rationnelle du corps et sa valorisation marchande spectaculaire. Quel Sport ? a mené plusieurs campagnes de boycott des grands événements sportifs internationaux qui diffusent à haute dose l’opium sportif du peuple nécessaire à la perpétuation des systèmes d’oppression. Auteur de plusieurs ouvrages sur l’aliénation sportive, Fabien Ollier en est le directeur de publication. Titulaire d’un master II en philosophie, il est, également, enseignant d’éducation physique et sportive (EPS). Retrouvez, désormais, les chroniques régulières de Quel Sport ? dans Paradigme & Prospective et poursuivez le débat sur www.quelsport.org.

 

Quel Sport ? [n° 30] : « Le football, une servitude volontaire.
Manuel de résistance à la massification »à paraître en mai 2016

La propagande d’État du gouvernement Hollande/Valls pour l’Euro 2016 résonne comme un tambour tapé par la Fifa, l’UEFA et la FFF. Cette mise en condition massive, avec ses slogans mercantiles, son affairisme publicitaire, sa mobilisation nationaliste, a déjà envahi tout l’espace public comme une vaste opération de chloroformisation des consciences.
Dans ce numéro, la revue Quel Sport ? entend dénoncer l’asservissement idéologique et l’abrutissement culturel du football-opium du peuple, avec sa corruption, ses violences, son crétinisme supportériste. Quel Sport ? entend aussi démystifier le miroir aux alouettes du football-spectacle alors que les salaires mirobolants des mercenaires du crampon, les sommes astronomiques des transferts, les profits capitalistes de la Fifa et de l’UEFA dissimulent comme un écran de rêve, ou de cauchemar, la réalité effective de la misère sociale : chômage de masse, précarité de la jeunesse, destruction des services publics, dégradation des conditions de vie et d’habitat.

  1. 170 pages, illustré, 10 €

Contacts : email : fabien.ollier@wanadoo.fr – Tél. : 00 (33) 04 75 57 60 69 – www.quelsport.org

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