Frédéric Lefevbre [Les Républicains] : « Les usines à gaz administratives disparaîtront »


Frédéric Lefevbre : « Ce revenu universel a vocation à remplacer les aides sociales et non les assurances sociales ». Crédit : DR
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Le député Les Républicains, Frédéric Lefevbre, incarne la vision libérale du revenu de base. Cette mesure viendrait remplacer un certain nombre d’aides sociales (allocations familiales par exemple) et donc simplifier le système administratif français. Exclusif.

 

Paradigme & Prospective : Quand avez-vous commencé à vous intéresser à cette idée d’un revenu universel inconditionnel ?

Frédéric Lefevbre : Lorsque j’étais la petite main au cabinet du Président de l’Assemblée nationale, Jacques Chaban-Delmas, en 1986-1987, je me suis intéressé aux réformes engagées aux États-Unis et inspirées par l’impôt négatif défendu par le prix Nobel d’économie Milton Friedman, alors conseiller à la Maison Blanche. Un rapport de Lionel Stoléru, en 1974, au nom du groupe d’études pour l’impôt négatif, développait cette idée en France. Michel Foucault faisait de même en 1979, puis Jean-Marc Ferry dans son article sur le revenu universel. Le rapport Belorgey sur les minima sociaux, que beaucoup ont lu, préconisait la même idée en 1999. J’y travaille depuis des années, au vu de l’accroissement du nombre de personnes en situation de pauvreté. C’est ce qui a sous-tendu le travail que nous avons fait avec Christine Boutin en matière de logement avec la garantie universelle. Nous avons travaillé à l’époque avec Marc de Basquiat qui œuvre aujourd’hui avec Gaspard Koenig.

 

Quels seraient, selon vous, les avantages de ce revenu ?

Le montant doit être suffisamment important pour couvrir tous les besoins de base d’un individu, créant une forme de filet de sécurité pour tous. Il serait versé sans exigence d’accepter un travail en contrepartie. En redonnant à chacun la maîtrise de sa vie, et contrairement à l’assistanat généralisé d’aujourd’hui, il n’éloigne pas du travail : il y conduit. C’est l’application logique de l’article 25 de la déclaration des Droits de l’Homme qui indique que « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille ». L’objectif est d’éradiquer la pauvreté.

 

C’est une idée qui transcende les partis sur le principe mais divise sur le financement. Comment faudrait-il procéder, selon vous ?

Aides sociales et assurances sociales correspondent à 750 milliards d’euros. La gestion du système pèse 35 milliards, soit la moitié du déficit de la France ! Cette gestion est l’addition d’administrations locales et nationales qui définissent les conditions, produisent de la bureaucratie, organisent les contrôles… Cette bureaucratie a vocation à être progressivement supprimée ! Les usines à gaz administratives dont nous sommes les spécialistes disparaîtront. Il faut parallèlement réformer la fiscalité. Pour ma part, je privilégie une suppression de l’impôt sur le revenu et de l’Impôt sur la fortune (ISF) et le remplacement par un impôt fixe avec éventuellement deux paliers de progressivité. D’autres voudront fusionner CSG et impôt sur le revenu. Il faut en débattre.

 

Pensez-vous, comme la frange libérale des défenseurs du revenu de base, qu’il faudrait remplacer par cette mesure toutes les autres allocations ? Ne craignez-vous pas que des personnes qui vivaient du chômage ou d’une modeste retraite ne se retrouvent dans la misère ?

Ce revenu universel a vocation à remplacer les aides sociales et non les assurances sociales1, comme le chômage, la retraite et l’AAH (ndlr : allocation aux adultes handicapés). Il faudra réformer le statut du travail. J’ai des propositions concrètes sur l’universalité des droits, qui n’est pas respectée aujourd’hui et traite différemment les travailleurs au regard de leur statut. Avec les ruptures permanentes de carrières, c’est essentiel pour nos enfants comme pour la préservation des ressources des retraités d’aujourd’hui. C’est un tout. Retraités et chômeurs ne seraient donc pas touchés. C’est la poursuite du système actuel qui va vers l’explosion et fera des dégâts considérables, pour la nouvelle génération comme pour ceux qui ont consacré leur vie au travail et dont les retraites dépendent des travailleurs d’aujourd’hui.

 

Vous avez déposé un amendement sur le revenu de base en octobre dernier. Qu’est-ce qui a motivé votre démarche ?

Le gouvernement n’ayant pas donné suite, je l’ai redéposé en janvier ! Delphine Batho m’a accompagné dans cette démarche. Les écologistes vont ouvrir le débat au Sénat. Cela bouge enfin. Il s’agit de mettre ce débat à l’agenda afin que le gouvernement puisse jouer le jeu et participer au chiffrage nécessaire pour aboutir à une simplification du système. Nous devons nous additionner, droite et gauche, pour travailler. Je n’hésite pas depuis des années à voter un texte du gouvernement actuel si je le juge bon pour les Français.

 

Le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB) a réagi défavorablement à votre amendement. Qu’en pensez-vous ?

Ils ont depuis compris que nous allions tous dans le même sens et je m’en réjouis. Le gouvernement et la Commission des Finances se sont engagés à mettre en place un groupe de travail pour étudier de près les contours et les mécanismes du revenu universel. Je défendrai cette réforme le temps qu’il faudra car elle doit nous permettre de dessiner une France adaptée à l’époque.             

 

  1. Pour toucher une assurance sociale, les travailleurs versent une cotisation en fonction de leur revenu. Ils ont ainsi droit à une prestation en cas d’interruption ou de privation d’emploi. Au contraire, les aides sociales sont versées par les collectivités publiques sans contrepartie de cotisation, comme pour les aides aux logements ou les contrats aidés.

 

À propos de Frédéric Lefevbre

Membre du parti Les Républicains, Frédéric Lefevbre est aujourd’hui député de la première circonscription des Français de l’Étranger. Ce fidèle de Nicolas Sarkozy fut même, de 2008 à 2010 le porte-parole de ce que l’on appelait alors l’UMP. Il devient peu après secrétaire d’État chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme, des Services, des Professions libérales et de la Consommation dans le gouvernement François Fillon. Il a également exercé une activité de lobbying au sein de la société Pic (Perroquet institutionnel communication) conseil, dont il recevait encore des parts en 2008.

 

 

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