Gilets jaunes : un siècle après la Révolution d’ « Octobre rouge », Yellow November


"Mouvement citoyen des Gilets jaunes", ici, sur les Champs-Élysées, samedi 24 novembre, à Paris. Crédit : Serge Tenani.
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Avant-propos

« Un siècle après la Révolution d’ « Octobre rouge », Yellow November », éditorial en écho à la « révolution citoyenne » du fait de la crise sociale sans précédent qui secoue la France depuis le 17 novembre, symbolisée par le « mouvement citoyen » protestataire des Gilets jaunes, est signé par la dramaturge, Maud Bouchet, journaliste-critique dramatique pour Paradigme & Prospective.

Afin de réhabiliter la presse d’opinion et au nom de la liberté d’informer et de la liberté de la presse, droit garanti par la Constitution de la Ve République Française du 4 octobre 1958 qui consacre comme fondamentale la liberté d’expression dont est issu le droit de la presse, relayé par l’article 11 de la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, également garanti, sans exception, ni restriction, par la Cour européenne de droits de l’homme (CEDH), la direction de la publication et de la rédaction de Paradigme & Prospective a accepté d’assumer la diffusion de cet article de commentaire que constitue la présente critique sociale.

C’est en rupture avec le traitement de l’information des médias dominants que se positionne, clairement, Paradigme & Prospective. Médias dominants qui, plutôt que de « réveiller les consciences », s’attachent à chloroformer, aseptiser et confisquer la réflexion, étouffer l’esprit critique au détriment du peuple et de la pensée populaire. « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de rose. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie » écrivait dans Terres d’ébène (La Traites des Noirs) en 1929 le célèbre journaliste, Albert Londres (1884-1932). Ces médias, tenants et complices de l’ordre dominant, ont une lourde responsabilité à l’égard de l’opinion publique dans la manipulation cynique de l’information qui impacte le pays aujourd’hui et, plus largement, le monde.

En foi de quoi, Paradigme & Prospective, fort de sa vocation progressiste et humaniste, informe son lectorat de son soutien à l’initiative citoyenne et populaire des Gilets jaunes pour dire stop aux politiques iniques et liberticides mises en place par le gouvernement Macron, pour dire stop aux exactions de la finance criminogène, pour dire stop au néolibéralisme meurtrier, pour dire stop aux injustices et aux violences sociales sans omettre de condamner le cynisme et le mépris affichés de nos « élites délinquantes ». Les délinquants ne sont pas ceux que l’on dit l’être. La « raison d’Etat » n’étant pas la raison du peuple.

La direction de la rédaction

Editorial

Un siècle après la Révolution d’ « Octobre rouge », Yellow November

Les Gilets jaunes, c’est comme le maillot jaune, un symbole qui se porte haut et fort et qui a valeur d’étendard. Il prend corps à travers tout le peuple de France, habillé de lumière. Tout un peuple éclairé et éclairant braque les pleins feux sur ce « voyage au bout de la nuit » qu’est l’époque. Armé « d’une fièvre impossible à négocier », troquant l’endurance de survivre pour le courage de vivre, le peuple remonte les Champs-Elysées et prend le chemin bien gardé du Palais.

Ici et maintenant,  contrant les stratégies d’Apocalyspse Now des mains de fer de nos Capitaines Crochets, Avares, Diafoirus, Tartuffes, tous responsables de la gabegie contemporaine, l’« Ouest side story » ouvre un nouveau chapitre d’histoire politique et sociale, alors que les longs couteaux de l’élitocratie engloutissent et sacrifient les vies de ceux « qui ne sont rien » par millions, outre frontières par milliards, avec le flegme britannique des serial killers, en sabrant le champagne de leur moue lippue. Si ce n’était à pleurer, il faudrait en rire. Barbes bleues, ces ogres se reproduisent à la chaîne selon un modèle endogène non évolutif qui garantit la reproduction du système et fait de la lutte des classes, un sujet d’actualité ! Dans le plus glaçant sans froid technocratique, depuis les sommets, la dynastie des « Maîtres & Cie » et ses fidèles courtisans, perchée en haut de la « chaîne alimentaire » dégaine ses armes « blanches » et baisse le masque sans prendre de gants et sans fair-play. Par principe, blancs en toute chose, le maestro et sa garde compte orchestrer le funeste bal, mettre au pas les troupes, encore et toujours, avec les tendres biscuits de belles promesses made in France et made in Europe ou la gifle cinglante, made in worldwide du mépris globalisé.


Le peuple n’est pas un ectoplasme

Méprise il y a, cette fois. Ce mouvement des Gilets jaunes, ce redressement est le même soulèvement vertical, abrupte, désarçonnant que celui du cheval qui, un jour, se cabre sous le joug quand hier, encore, il ployait l’échine. Les Gilets jaunes, a valeur de symbole de ralliement à la cause populaire, cette « causa » nostra veut rompre avec les pactes mafieux, la prédation organisée et rétablir les conditions d’un « bien commun » garant de la dignité du peuple. Le peuple que l’on veut exsangue n’est pas un ectoplasme. Est-il encore besoin de rappeler que manger du poulet aux hormones et se nourrir de la malbouffe ordinaire et industriellement empoisonnée du « pauvre » n’abolit pas le bon sens, ne triomphe pas de l’exigence de dignité et de la volonté de combattre pour plus d’équité ? De chair et d’âme, le peuple gagné par le courage de vouloir et de construire, existe, vit, réfléchit, pense, refuse et réagit. Il se prépare à innover, inventer et « refait le monde » à la faveur de la « liberté libérée », selon la si parlante et si belle expression de Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme à l’ONU.

La « France qui se lève tôt », belle endormie, se réveille du cauchemar et du pouvoir anesthésiant des promesses frauduleuses de la « jet set » politique et financière qui, tenant les rênes de la « misère du monde », néglige tout, hormis elle-même et nous conduit tous, y compris la planète, à la catastrophe. Le peuple n’entend plus vivre sous influence. Il mesure l’imposture qui, le clouant au pilori, transforme, chaque jour, en un chemin de croix. Le peuple sage comme une image, s’affranchit, quitte « ses petits souliers » et son poste, ne répond plus au garde à vous, ni à la règle du jeu. Il sort des chaumières, des usines, du métro. Prenant d’assaut l’espace, il y fait enfler, de sa voix polyphonique, la rumeur d’une destitution, s’insurge et fait alliance par la fronde pour reprendre ses droits. Un pour tous, le « citoyen-peuple » n’a pas besoin d’être représenté, il se représente lui-même, de fait. Comment a-t-on osé dire que le gouvernement n’avait « aucun interlocuteur » ? Le peuple, pris pour une ombre, quantité négligeable, n’est-il rien en soi, ni personne ? Certains tout de même ont su s’adresser à lui, à cette ressource qu’il constitue devant l’innommable pour l’engager à rallier la résistance à l’occupant et barrer la route au pire. De Gaulle n’a pas lancé son appel autrement qu’à l’adresse du peuple et il a été entendu. Les « gens de peu » ont fait « beaucoup » pour triompher du « ventre encore fécond d’où a jaillit la bête immonde ». Ce qui a été fait et réussi se fera et réussira encore.


Le pouvoir, cheval de Troie

Le pouvoir est occupé par qui y est en place. Une fois occupé, il peut être colonisé, infiltré par un cheval de Troie. Ainsi ne soit-il pas ! Au nom du peuple, de la démocratie et de la liberté ! A fortiori quand l’oligarchie qui règne « pille », à l’exclusif profit d’une caste, les richesses. On ne porte pas impunément l’estocade au modèle de progrès social qu’à incarné la France dans le monde, à force de hautes luttes et au prix de bains de sang. Au fil du détricotage des acquis sociaux et des politiques savantes de leur démantèlement, la société se transforme en une jungle où rien, hors les logiques de profit, n’a de place. Facétie de la vie, les places se perdent et se gagnent à la roue de la fortune qui tourne, tourne et nous fait tourner la tête. Les rôles se redistribuent à coups de « variables d’ajustements » et autres taxes et impôts déguisés. La donne peut changer quand un peuple veut rebattre les cartes de l’Histoire. Or, de l’Histoire, le peuple a aussi appris cela. La Révolution française n’a pas sombré dans les oubliettes, la Commune non plus qui pourrait se réinviter au fil des pensées et de l’écume de ces jours pleins des « raisins de la colère » longtemps retenue, patiemment engrangée à la sueur du front, du pain quotidien et de l’espoir en un « avenir radieux » dans « le meilleur des mondes ».

L’élitocratie sacrifie les vies 
de ceux « qui ne sont rien » par millions

L’avenir prend une inflexion nouvelle, un accent neuf, dans le grand corps malade de l’Histoire qui se sclérose, involue, se répète, ravaude ses haillons, éclate et se reconfigure sous les traits d’une autre histoire, par la grâce d’un prévisible grain de sable qui fait saillie, tout à coup, comme le nez au milieu de la figure des ronds-points de l’Hexagone. Demain divorce des ordres et perspectives que lui assigne aujourd’hui. Le futur proche, à très court terme, à moyen terme et même à long terme, ne peut plus, ne doit plus se conjuguer avec austérité : impossibilité, dette, pauvreté, misère, travailler plus pour gagner plus et payer plus. Tout cela etc, à charge de la majorité, plumée comme l’alouette et dévorée comme elle, pendant que la France distinguée, honoris causa qui, elle, ne se lève pas tôt, baille à l’Assemblée, au Sénat, aux gras repas d’ortolans et de caviar des cercles du pouvoir en se partageant le « bout de gras », sans en perdre « une miette » ou lâcher le morceau, même le plus bas, annone, depuis ses chambres et les alcôves de ses antichambres, avec la creuse parole des langues de bois, quelques innommables lois au seul profit des paradis fiscaux offshores et des chasses gardées.


« Les sans dents » ont faim et des dents de loup
Il n’est plus temps d’hiberner, de se replier dans le silence, d’endurer des hivers longs comme des années entières car le gel des salaires ne permet rien que de se faire tondre, d’aller crus et nus dans la valse bancale à trois temps, des quatre saisons qui disparaissent comme des iceberg dans le dérèglement général. Les Gilets Jaunes refusent les vies impossibles auxquelles tous sont tenus, ils repoussent les murs des limitations, et la poussée des Gilets jaunes, a la force des marées, des raz de marée de l’équinoxe d’hiver.

Mot d’ordre ? Faire front devant l’affront. Modus operandi ? Faire irruption dans l’arène du pouvoir, livrer combat, s’il le faut. Maître mot ? Interrompre la danse macabre et sa petite musique orchestrée au plus haut niveau politique, viser haut, convoquer le souffle qui attise les braises ardentes de la colère, puiser dans l’âme athlétique du peuple une inviolable volonté d’endurance pour venir à bout du mépris et du déni d’existence. « Les sans dents », ces « agneaux » au « temps de cerveau humain disponible »1 pour le brainwashing médiatique, ont faim et des dents de loup pour en découdre avec ceux qui, bafouant le contrat social, oeuvrent à une société de « décivilisation » et font régner « la loi du plus fort ». « Nous l’allons montrer tout à l’heure » !

Maud Bouchet
Journaliste

 

  1. Expression formulée en 2004 par Patrick Le Lay, président-directeur général du groupe TF1.
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