Gilets jaunes : « La France est entrée en état d’insoumission générale contre un ordre injuste » a déclaré Jean-Luc Mélenchon


Gilets jaunes sur les Champs-Elysées à Paris le 24 novembre 2018. Crédit : Serge Tenani.
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Le Premier ministre, Edouard Philippe, a annoncé, mardi 4 décembre, la suspension provisoire1 de trois mesures fiscales (dont la hausse des taxes sur les carburants à l’origine de la contestation nationale) pour tenter de juguler le « mouvement citoyen » des Gilets jaunes. Les représentants du soulèvement populaire, en rien satisfaits par les « miettes » octroyées par ce gouvernement autocratique, appellent les Gilets jaunes à « retourner à Paris » samedi 8 décembre, pour faire entendre la voix du peuple et exiger l’application des revendications soutenues par 72% des français. Retour sur cette folle semaine où le quinquennat bascule.

« Heureux les jours que nous vivons puisque enfin la France est entrée en état d’insoumission générale contre un ordre injuste qui durait depuis trop longtemps (…) Le peuple entre sur la grande scène de l’Histoire de France » lance, en préambule de son discours magistral sur les Gilets jaunes à l’Assemblée nationale, le leader de la France insoumise (FI), Jean-Luc Mélenchon, ce mercredi 5 décembre. « L’écologie n’a rien à voir avec vos mesures, l’écologie est nécessairement populaire. Il vous reste à comprendre qu’on ne peut pas être en même temps l’ami des riches et celui du genre humain. Car les riches n’ont que des intérêts particuliers et seul le peuple porte en bandoulière l’intérêt général. (…) Le moment est venu que les riches soient solidaires [faisant allusion à la suppression par le gouvernement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF)]. (…) Soit vous cédez, soit vous partez » ordonne à l’exécutif, pour conclure, le chef de file de la France insoumise lors de son allocution.

Les Gilets jaunes appellent à « retourner à Paris » samedi 8 décembre
Le discours de Mélenchon constitue une introduction de premier ordre en réponse aux « mesurettes » annoncées, mardi 4 décembre depuis Matignon, par le Premier ministre, Edouard Philippe, relayées par Le Monde du jour, la suspension de trois mesures fiscales, afin de tenter d’apaiser la fronde des Gilets jaunes, dont un moratoire sur la hausse des taxes sur les carburants prévue pour le 1er janvier ; le renoncement pour une durée de six mois, à l’alourdissement des conditions de contrôle technique sur les automobiles qui était prévu pour l’an prochain et, enfin, l’engagement qu’il n’y ait pas de hausse du tarif de l’électricité d’ici à mai 2019.
Autrement dit, des « miettes » pour les Gilets jaunes. « Ce ne sont que des annonces pour calmer la situation » a déploré Laure à l’Agence France Presse (AFP), la chargée de communication du « Yellow Friday Revolution », un groupe affilié aux Gilets jaunes de la région bordelaise, qui revendique près de 6000 membres sur Facebook. Même constat pour Benjamin Cauchy, l’une des figures du mouvement qui réclame l’instauration de « référendums réguliers sur les grands enjeux sociétaux » ou Laetitia Dewall, porte-parole des Gilets jaunes du Val d’Oise, qui qualifie le « moratoire » de « cacahuète ». Éric Drouet déclare, pour sa part, « ce n’est pas du tout ce que l’on attendait ». Ce chauffeur routier de Melun, l’un des référents des Gilets jaunes, appelle notamment, à une « revalorisation du Smic, un retour de l’ISF » et encourage les Gilets jaunes à « retourner à Paris » samedi 8 décembre.

« Macron démission » : 30 heures de gardes à vue pour 6 lycéens
Bien que les banlieues hésitent à rejoindre le mouvement des Gilets jaunes, la militante politique Almamy Kanouté, membre du Comité Adama est formelle : « Si nous restons plus longtemps absents de cette révolte légitime, cela va nourrir encore un peu plus le sentiment d’exclusion des habitants des quartiers ». Et de renchérir, « On se sent une lourde responsabilité par rapport aux risques des violences et c’est en partie pour cela que l’on a hésité à y aller ». A propos du soutien des banlieues à la vague des Gilets jaunes, le député PC de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, constate « un soutien aux Gilets jaunes mais pas de connexion directe » reconnaît l’élu. « L’idée que les banlieues puissent se mettre en mouvement inquiète » commente le parlementaire.
Six lycéens, âgés de 16 à 17 ans d’Ivry-sur-Seine ont passé une journée et demi (30 heures) au commissariat pour avoir écrit un simple graffiti sur un panneau devant leur établissement, peut-on lire dans l’Humanité du 6 décembre. Comment peut-on en arriver là s’interroge le quotidien national ? Elèves, parents, enseignants et élus dénoncent, fermement, une répression judiciaire disproportionnée, d’autant qu’aucun autre grief n’est retenu contre eux.

 

« Soit vous cédez, soit vous partez » 
ordonne à l’exécutif le chef de file 
de la France insoumise 
à l’Assemblée nationale

 

Grève : le syndicat Vigi de la police nationale rejoint les Gilets jaunes
A l’appel de la CGT et de FO, les salariés du transport routier lanceront, dimanche 9 décembre, une grève illimitée. De même que le syndicat Vigi, affilié à la police nationale, rejoint, courageusement, le mouvement des Gilets jaunes en appelant à une grève illimitée à partir de samedi 8 (à ce propos, lire notre article), jour de l’acte IV de la mobilisation. L’association Gendarmes et Citoyens (G & C) vient de lancer un « signal d’alerte » sur « l’état de fatigue » et « l’usure » des gendarmes mobilisés qui réclament de la « considération » au vu d’une « situation sans précédent depuis mai 68 ». Leurs revendications font écho à celles des Gilets jaunes. Au-delà de la mobilisation lycéenne qui prend son essor, les universités commencent à se mêler au mouvement de la contestation dénonçant, en substance, l’augmentation vertigineuse des frais d’inscription que le gouvernement Macron veut imposer aux étrangers extracommunautaires (lire encadré ci-dessous).

Téhéran appelle Paris à cesser la « violence contre son peuple »
A l’étranger, au vu du climat insurrectionnel en France, le Conseil de Genève des droits de l’homme et de la justice, organisation internationale de défense des droits de l’homme, dans un communiqué du 25 novembre, appelle le gouvernement français à répondre aux demandes populaires des Gilets jaunes, de même que ce même Conseil tient le gouvernement français pour responsable de la montée des manifestations dans le pays. Ironie du sort, Téhéran, à son tour, appelle Paris à cesser la « violence contre son peuple ». De même que le Venezuela somme Paris à « respecter les droits fondamentaux » des manifestants.
Interrogé par Le Monde du 5 décembre, le sociologue et ancien résistant, Edgar Morin, estime à propos des Gilets jaunes, qu’ « il manque une pensée directrice du mouvement », relève le penseur de la complexité.

  1. La hausse des taxes sur les carburants n’est pas « suspendue » ni « différée », mais bien « annulée » pour l’année 2019, confirme l’Elysée. L’augmentation des taxes devait être suspendue par un moratoire. Au final, elle est supprimée pour l’année 2019 et ce, à l’issue d’un débat de près de cinq heures dans l’hémicycle ce mercredi 5 décembre.

 

Les universités entrent dans la danse de la contestation

Mobilisés contre la tendance du gouvernement à privatiser l’université et, par voie de conséquence, les études supérieures, les étudiants dénoncent la mise en place d’un « système éducatif de classe, à deux vitesses », augmentant la fracture sociale entre les étudiants, à un point encore jamais égalé en France, inspiré du modèle américain. Deux sites d’universités parisiennes, Paris III – Censier et Paris I – Tolbiac ont rejoint depuis mardi le mouvement de contestation. Les étudiants s’opposent, notamment, à « l’augmentation vertigineuse des frais d’inscription que l’exécutif veut imposer aux étrangers extracommunautaires » indique l’Humanité du 6 décembre. « A partir de la rentrée 2019, ils devront s’aquitter de 2770 euros en licence et 3770 euros en master et doctorat contre, respectivement, 170, 243 et 380 euros actuellement. Une assemblée générale a voté hier, à Tolbiac, la poursuite du blocage du site. Un blocus a également été décidé à Censier, dont les cours ont été annulés mardi » précise le journal. Deuxième syndicat étudiant, l’Unef appelle, de son côté, à une journée de mobilisation, jeudi 13 décembre, contre cette hausse des frais d’inscription.

 

 

 

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