Gilets jaunes : le député de la Somme François Ruffin appelle « Paris à être à la hauteur de son histoire »


Gilets jaunes sur les Champs-Elysées à Paris, le 24 novembre 2018. Crédit : DR
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De nouvelles mobilisations de Gilets jaunes étaient en cours ce samedi 1er décembre à travers le pays et particulièrement à Paris. Des scènes insurrectionnelles d’une rare violence sur l’avenue des Champs-Elysées ont pu être observées ainsi que des heurts près de la place de l’Etoile avant de s’étendre à d’autres quartiers de la capitale. Le dernier bilan journalier de la Préfecture de police de Paris fait état, dans la capitale, d’au moins 110 personnes blessées et 287 interpellées. Pas moins de 5000 membres des forces de l’ordre ont été mobilisés pour l’occasion. De nombreux rassemblements, manifestations et blocages sont prévus à travers la France qui connaît, depuis le 17 novembre dernier, une « crise sociale » majeure.

Le 17 novembre, le mouvement pacifique, citoyen et populaire de contestation des Gilets jaunes est parvenu à une mobilisation inédite en métropole et dans l’île de la Réunion. Le soulèvement s’est enflammé à l’annonce par le gouvernement Macron de la hausse des taxes sur le carburant. L’acte II de cette « insurrection » a conduit les Gilets jaunes à battre le pavé des Champs-Elysées le 24 novembre et a, également, été émaillé de violences : 103 personnes ont été interpellées et 101 placées en garde à vue. Des heurts ont fait 34 blessés.

« Paris a une histoire, Paris a enflammé l’Europe en 1789 »

Alors qu’un acte III du mouvement des Gilets jaunes se profile pour le week-end des 1er et 2 décembre, le député de la France insoumise, François Ruffin, initiateur de Nuit Debout contre la loi El Khomri il y a deux ans, relayé par l’Humanité du vendredi 30 novembre, appelle lors du rassemblement organisé place de la République à Paris jeudi 29, à rejoindre le 1er décembre, par solidarité nationale, la vague humaine des Gilets jaunes. Si Nuit Debout a démarré avec une opposition à la loi Travail, le mouvement des Gilets jaunes  a pris corps avec le « ras-le-bol général » dont la hausse des taxes sur les carburants. « L’enjeu, c’est d’arrêter toutes les réformes (…) C’est une bagarre générale qui est partie du gazoil mais qui va plus loin. Il faut que la classe intermédiaire bascule avec les gens d’en bas ! » L’élu de la Somme pour qui le combat en cours se mène « contre l’oligarchie » est formel, il convient de « démontrer qu’il y a en France un rejet du libéralisme. Il a eu lieu en 1995 et 2005 et il aura lieu en 2018 ». Le député va plus loin et appelle « Paris à être à la hauteur de son histoire ». « Paris s’est certes embourgeoisée, mais Paris a une histoire, Paris a enflammé l’Europe en 1789. Elle s’est soulevée en 1848, en 1871, en 1936, en 1945 à la Libération et en 1968 ! » Pour le parlementaire, il faut prolonger cette tradition et éviter à tout prix « une sécession entre Paris et la Province. Paris a une responsabilité, les grandes villes de province ont une responsabilité » tonne t-il. « La classe intermédiaire est celle qui, citant Lénine, a le choix de se placer derrière la classe qui domine ou derrière la classe d’en bas. Tant que nous ne bougeons pas nous sommes avec le gouvernement. Le peuple, lui, est déjà en train de bouger » a-t-il lancé place de la République. A Paris de suivre, en manifestant « massivement » le 1er décembre aux côtés des Gilets jaunes.

« Trois décennies de néolibéralisme ont mis les sociétés à genoux »

Toujours place de la République à Paris, faisant référence au début de son intervention au comité Justice & Vérité pour Adama Traoré, « Sans justice, vous n’aurez jamais la paix », qui lutte sans faille contre les violences policières et le racisme, qui appelle les quartiers populaires à manifester aux côtés des Gilets jaunes ce samedi pour dénoncer le régime Macron, Frédéric Lordon, membre du collectif des « Economistes atterrés », en soutien à cette nouvelle et « grande énergie » que constitue le mouvement des Gilets jaunes, confie le cœur serré : « On s’est dit, si eux y vont et que nous ont reste les deux pieds dans le même sabot, alors on n’est vraiment les derniers des derniers ». Le 1er décembre à Paris est alors « l’occasion pour jeter toutes les colères dans le chaudron et monter le feu car à part la classe nuisible des startupers, des évadés fiscaux et des élitocrates, tous les secteurs ont des raisons d’être en colère, en vérité tous les secteurs sont à bout (…). La simple conscience humaine est dégoutée (…). A l’évidence, il [à propos de Macron] va falloir lui expliquer qu’il est l’aboutissement de trois décennies de néolibéralisme qui ont mis les sociétés à genoux. Que lui-même a porté cet aboutissement à un point d’injustices et de violences sociales sans précédent (…) ». Tous ont appelé d’une même voix avec Assa Traoré à la grève générale et au blocage de tout le pays.
L’acte III du mouvement citoyen des Gilets jaunes pourrait donner lieu à une convergence de luttes. Jean-Luc Mélenchon qualifie ce moment de « révolution citoyenne ». Le président du groupe la France insoumise à l’Assemblée nationale est présent à Marseille pour participer au rassemblement des Gilets jaunes. « Emmanuel Macron est parvenu à lancer une révolution mais pas celle qu’il croyait » a poursuivi l’ancien candidat à la présidentielle 2017.
En marge de la manifestation, de nombreuses célébrités soutiennent les « hommes en jaune » à l’instar de Patrick Sébastien, Brigitte Bardot, Franck Dubosc ou encore Gilbert Montagné.

Vers un « cataclysme économique »

Pour être entendu et compris, les Gilets jaunes ont touché le cœur battant du pays : l’économie, à en croire, selon lemonde.fr du 29 novembre, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) qui, alerte, sur les conséquences « catastrophiques qu’aurait un troisième week-end de blocage pour le commerce ». D’après la FCD, les ventes dans le secteur ont enregistré un « recul massif de 35% » le premier samedi de mobilisation et de « 20% » au cours du week-end dernier, « sans espoir de report pour les produits frais ». A l’approche des fêtes de fin d’année, période « cruciale » pour l’activité économique, « il serait suicidaire pour nos entreprises que le week-end prochain [1er décembre] perpétue incivilités et entraves » a déclaré François Pélissier, président de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Meurthe-et-Moselle, qui craint un « cataclysme économique ».

 « Violences » au cœur de Paris le 1er décembre

Les rassemblements de Gilets jaunes ont occasionné de nombreuses violences à Paris, samedi 1er décembre. Dès le début de la matinée, manifestants et forces de l’ordre se sont fait face sur les Champs-Elysées, avant que les heurts s’étendent à d’autres quartiers de la capitale, comme les Tuileries ou le boulevard Haussmann. De nombreuses voitures ont été incendiées, des banques et des magasins pillés, et certaines zones, comme les Galeries Lafayette et le Printemps, ont été évacuées. 

« Le capitalisme doit être abattu, on ne négocie pas avec l’oppression »

Pour Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, il faut « abattre le capitalisme. Ce système économique et social tue la planète et va achever l’humanité si ça continue » assène t-il dans L’Invité, l’émission de Patrick Simonin sur TV5 Monde. Il est d’une impérieuse nécessité de « liquider et détruire radicalement le capitalisme pour ouvrir la route vers un monde meilleur, plus juste, plus heureux et la mise en œuvre d’un nouveau système sociétal de civilisation. La Révolution se fait en marchand » rappelle le sociologue genévois. « On ne peut pas négocier avec le capitalisme. Il n’y a pas d’aménagement, de réforme possible avec ce système meurtrier. Il faut qu’il disparaisse. Il ne peut pas être modifié, humanisé. L’esclavage, par le passé, ne pouvait pas être humanisé, de même que le système colonial, féodal, les discriminations… » En l’espèceJean Ziegler est ô combien explicite, « On ne négocie pas avec l’oppression. Le capitalisme qui détruit la planète, qui donne d’énormes fortunes à quelques uns doit être abattu avec les armes constitutionnelles » relève t-il, citant Ernesto Che Guevara, « Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures » ou encore l’impératif catégorique d’Emmanuel Kant « L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi ». « Cette utopie du monde, nous la portons en nous » conclut le sociologue suisse. « J’espère aussi, avant ma mort, confie, enfin, Jean Ziegler, voir la fin du capitalisme ». Voilà bien un témoignage que révèle les indestructibles ressorts d’un éternel « optimiste de la volonté ».

 

 

 

 

 

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