MasterCard : le continent africain s’affranchit de la monnaie physique !


L'actuel président de MasterCard International, Ajaypal Singh Banga, a félicité la ministre des finances du Nigéria, Ngozi Okonjo-Iweala, ainsi que le gouverneur de la banque centrale du Nigéria, Sanusi Lamido, pour l'initiative « Nigéria sans numéraire ». Il a, notamment, réaffirmé l'engagement de MasterCard à soutenir un programme national d'identification généralisée dans le pays. Crédit : MasterCard Worldwide
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Ajaypal Singh Banga est l’actuel président de MasterCard International. Crédit : MasterCard Worldwide

Quel sera, pour les Nigérians et, désormais, pour les Égyptiens et les Zimbabwéens, le prix à payer ? Le gouvernement du Nigéria, par exemple qui, faut-il le rappeler, détient la palme d’or de l’opacité du système financier mondial et le réseau international MasterCard ont conclu un partenariat donnant lieu en 2014 à l’édition de 13 millions de « cartes intelligentes d’identité nationale1 », des cartes de paiement et d’identité vouées à « créer une économie plus inclusive2. » Éléments de réponse.

 

« MasterCard a été un fervent soutien à la politique sans espèces de la Banque centrale du Nigéria (CBN), lance en préambule Michael Miebach,  président de la section Moyen-Orient et Afrique chez MasterCard, au vu de notre vision partagée d’un monde au-delà de la monnaie en espèces ». Ce dispositif est « le plus large déploiement de solutions de paiement électroniques dans le pays et la plus vaste initiative d’inclusion financière du genre de tout le continent africain », explique, en substance, la ministre nigériane des finances et de la coordination économique, Ngozi Okonjo-Iweala (ex-numéro deux de la Banque Mondiale), lors du dernier Forum économique mondial qui s’est tenu le 13 mai 2013 au Cap (Afrique du Sud). Et la ministre d’ajouter, « l’objectif est d’atteindre le plein potentiel de ce projet en matière de citoyenneté inclusive et de gouvernance plus efficace. » Pour un responsable Afrique de MasterCard, « ce système permettra aux Nigérians, dont 70 % n’ont pas de compte en banque, de participer à l’économie globale », omettant de préciser que deux tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté absolu (moins d’un dollar par jour, soit environ 0,70 €) !

 

Dématérialisation automatisée de masse à l’échelle d’un continent

« La nouvelle carte d’identité nationale intelligente comprendra un numéro unique d’identification du détenteur de la carte. Lequel aura été dûment inscrit dans le pays. Le processus d’inscription implique l’enregistrement de données démographiques et biométriques (relevé de 10 empreintes digitales, d’une image faciale et d’une signature numérique), afin d’authentifier le titulaire et éliminer la fraude et les détournements de fonds. » Dans son communiqué, MasterCard, membre du Groupement d’intérêt économique – Carte bancaire (GIE-CB) qui inclut, en son sein, le réseau Visa, précise, enfin, que « les bases de données de l’identité nationale serviront de plateforme pour d’autres services nécessaires à la Commission de la carte d’identité nationale du Nigéria ( NIMC3), y compris la vérification et l’authentification d’identité » et ce, sans autre détail ! De quoi s’interroger, largement, sur ce projet-pilote emmené par MasterCard quand l’on sait que le géant de l’Afrique est le premier producteur de brut du continent. Le Nigéria totalise 140 millions d’habitants et entretient, de longue date, l’espoir de poids d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Sa capitale économique, Lagos, a vocation à devenir la place financière de toute la région. Un projet qui, s’il donnait satisfaction, devait déclencher l’introduction de 120 millions de cartes supplémentaires ! Pas plus tard qu’en décembre 2014, financé par la Fondation Bill & Melinda Gates (11 millions de dollar sur trois ans), le MasterCard Labs pour l’inclusion financière est inauguré en Afrique de l’est. Son objectif est alors de développer des services financiers permettant aux personnes piégées par l’économie monétaire (100 millions de personnes) – un comble ! – de se construire un avenir meilleur !

 

Trois initiatives en faveur de l’inclusion financière

Plus qu’espérer pour MasterCard, l’un des deux leaders de l’empire des cartes de paiements [après Visa] qui poursuivent leur bataille pour la suprématie mondiale4, le résultat ne tarde pas à se faire attendre. À l’occasion du Mobile World Congress, le 3 mars 2015, MasterCard annonce trois initiatives en faveur de l’inclusion financière sur le continent africain. Au-delà du géant de l’Afrique, le Nigéria, pays au sein duquel MasterCard s’est associé à eTranzact International plc, leader panafricain sur le marché des services de paiement et de la banque mobile, en vue de gérer les services d’envois d’argent internationaux de millions de consommateurs nigérians. En Égypte, MasterCard s’associe au ministère des technologies de l’information et de la communication pour étendre l’inclusion financière à 54 millions de citoyens du pays grâce au déploiement de cartes d’identité numériques connectées à la plateforme financière mobile nationale existante. Ce projet doit permettre aux Égyptiens de participer à l’économie électronique officielle au travers d’un programme sans espèces. Au Zimbabwe, MasterCard et la Steward Bank, la banque identifiée comme la plus innovante du Zimbabwe, collaborent pour permettre à plus de 1,5 million de détenteurs de comptes d’accéder à des services de transfert d’argent.
« L’inclusion financière constitue la base d’une croissance économique plus inclusive, relève le président-directeur général de MasterCard, Ajaypal Singh Banga, équitable et durable. Il n’est pas seulement question d’améliorer les transactions de paiement et leur acceptation lorsque les infrastructures bancaires sont absentes. Il est aussi question de développer les technologies et les accès aux ressources pour que la population puisse se développer et accomplir de nouvelles choses ». Autrement dit, le réseau MasterCard ne cesse d’accroître sa position monopolistique à l’échelle mondiale d’acteur international de solutions de paiement. C’est ainsi qu’en janvier 2015, lors de la nouvelle édition du Forum économique mondial qui se tenait à Davos (Suisse), ce fut l’occasion pour le capitaine de MasterCard, Ajaypal Singh Banga, de s’exprimer lors d’une table ronde sur « la croissance inclusive à l’âge du digital » aux côtés d’Erik Brynjolfsson, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), chef de file mondial pour l’enseignement et la recherche en science et en technologie, et des porte-parole d’Infosys, Bloomberg LP et Ericsson, parties prenantes de ce nouveau marché substantiel et déterminés à bénéficier d’une part du gâteau.

 

Une bien triste et non moins dangereuse réalité

Priorité est donnée aux intérêts économiques, à la prise de pouvoir, à la surveillance, au contrôle, au marquage (rappelant les heures sombres d’une certaine période de l’histoire) et à l’asservissement des peuples, désormais conditionnés à des fins purement mercantiles, quitte à s’asseoir sur les libertés fondamentales et les droits de l’homme. Et ce, avec les encouragements et la bénédiction des gouvernements des pays associés à cette régression évoluant à l’échelle de la planète. Voilà bien l’exemple type d’une dématérialisation automatisée, biométrique de surcroît, à l’échelle d’un continent (et non plus d’un État), dans ce qu’elle peut avoir de pire en matière d’asservissement de masse et de maîtrise globale des populations et de leurs systèmes économiques. Les visions d’Huxley et d’Orwell ne constituent plus, à ce stade, seulement des romans contre-utopiques mais, désormais, hélas, une bien triste et non moins dangereuse réalité !      

 

  1. Traduction de National Identity Smart Cards.
  2. Déclaration du président de la section Moyen-Orient et Afrique chez MasterCard, Michael Miebach.
  3. Nigeria National Identity Management Commission (NIMC).
  4. D’après l’article de Marie-Laure Cittanova, Les Echos.fr du 12 mars 1997.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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