Elixirs floraux du bush australien : canaliser ses émotions par la puissance des fleurs


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Moins connus que les essences de Fleurs de Bach, les élixirs floraux du bush Australien partagent, pourtant, le même principe, controversé, de « guérison vibratoire » pour remédier à la tristesse, au manque d’énergie ou à l’infertilité. Créés dans les années 90 par le naturopathe Australien Ian White1, les élixirs floraux agissent sur les blocages et les émotions, souvent à l’origine de symptômes physiques. A l’heure où les Français éprouvent un intérêt grandissant pour les médecines alternatives, que vaut vraiment la thérapie florale… australienne ?

 

Terre isolée et préservée, l’Australie regorge de trésors naturels et sait offrir le meilleur de sa flore. D’une superficie égale à quinze fois la France, l’Australie est le pays qui possède le plus grand nombre de plantes à fleurs. Avec des tailles, des formes et des couleurs incroyables, les fleurs du bush Australien sont parmi les plus rares, les plus belles et les plus imposantes au monde. Cinquante mille ans avant Jésus-Christ, les Aborigènes d’Australie savaient déjà tirer les bienfaits des plantes pour soigner les blessures physiques et les problèmes émotionnels. « A cette époque, il y avait un regard de respect envers la nature » décrit le naturopathe, Jean-François Astier, membre de l’Institut pour la protection de la santé naturelle (IPSN). Créateur emblématique des élixirs floraux, l’Australien Ian White, élevé dans la nature environnante d’un parc national proche de Sydney, explore la flore aux côtés de sa grand-mère, herboriste. Passionné par les fleurs de son pays, il lance sa gamme d’élixirs floraux Flower Bush Essences.

 

Les élixirs en pratique

Cécile Prunier
Cécile Prunier : « Les élixirs agissent comme des libérateurs de nos blocages ». Crédit : Romaric Liégeois

Les fleurs sauvages cueillies sont infusées dans un bol d’eau pendant plusieurs heures au soleil. Ce mélange est ensuite ramené en laboratoire pour subir d’autres phases de création et de conservation. En France, environ 60 élixirs du bush sont disponibles à la vente sur les sites des distributeurs officiels (www.fleursdebach.com et www.fleursdevie.com) pour un prix moyen avoisinant les 15 €uros le flacon. Il est possible, également, de se les procurer par le biais d’un naturopathe ou d’un conseiller en thérapie florale à l’exemple de la sophrologue, Cécile Prunier2, qui dit « recevoir des personnes avec des problèmes physiques, moraux ou émotionnels ou qui, simplement, souhaitent obtenir des renseignements généraux sur la thérapie florale ».
L’utilisation préconisée est de sept gouttes matin et soir, pour une durée minimum de deux semaines. Les élixirs se trouvent aussi sous forme de crèmes ou de sprays. Des sites Internet expliquent, enfin, comment fabriquer soi-même les élixirs du bush. « Ils seront identiques à ceux de Ian White si le protocole de la récolte est respecté » explique Cécile Prunier, thérapeute à la Maison Papillon, lieu dédié à la santé naturelle et au mieux-être, à Montpellier.

 

A chaque fleur sa vertu

« J’essaie d’étudier et de comprendre les propriétés de chaque fleur » commente Ian White, créateur des Bush Flower Essences. La Waratha, emblème des fleurs du bush Australien, est utilisée contre la dépression et les pensées suicidaires. La She Oak est la fleur de la sphère féminine préconisée contre les troubles de la fertilité. La Mulla traite les problèmes de peau ou le stress d’individus confrontés aux incendies. « D’ailleurs, nous l’avons donnée aux personnes ayant subi un feu de bush en 2009 en Australie » se rappelle Ian White.
Dans leur pays de création, les élixirs remportent un franc succès et sont utilisés, quotidiennement, par les familles au même titre que les médicaments. Les élixirs « agissent comme des libérateurs de nos blocages et conduisent à une ré-harmonisation qui permet à un être d’accéder à sa vraie nature en rétablissant son équilibre énergétique et émotionnel » note Cécile Prunier2, praticienne certifiée en thérapie florale par Ian White.

 

Un marketing bien huilé

Représentante officielle de l'enseignement White pour les pays francophones, Nadia Jacquemin, ici aux côtés d'un koala sur les terres des fleurs du bush australien. Crédit : DR
Représentante officielle de l’enseignement White pour les pays francophones, Nadia Jacquemin, ici aux côtés d’un koala sur les terres des fleurs du bush australien. Crédit : DR

Par le biais de sa société australienne Bush Biotherapies, Ltd., Ian White lance un programme de formation internationale. En France, il a nommé la spécialiste Nadia Jacquemin3, installée dans la Drôme, comme représentante officielle de son enseignement pour les pays francophones. Outre les formations dispensées, la médiatisation passe aussi par la vente des multiples ouvrages de Ian White, l’animation de conférences et le développement de la communication multimédia (réseaux sociaux, site web, newsletters…). Si les médecines douces se développent grâce au bouche à oreille, le cas des élixirs du bush Australien semble se démarquer. Ils jouissent d’une publicité, gratuite, offerte par les magazines féminins et les récits des consommateurs ravis sur les forums en ligne. Face au succès de ces élixirs, les produits issus de la société australienne (qui occupe 40 salariés) s’exportent dans plus de 30 pays. Les employés participent à la création en laboratoire, à l’emballage et à la commercialisation. Malgré une forte expansion de son activité, Ian White revendique des valeurs bio et affirme être « le seul à chercher et à cueillir les fleurs ».

 

Doit-on craindre un danger sanitaire ou psychologique ?

Selon leurs utilisateurs, les élixirs du bush peuvent être prescrits pour les adultes, les enfants et même les animaux. Quant aux risques, ils semblent extrêmement limités. La spécialiste en thérapie florale, Cécile Prunier, affirme qu’il n’y a « ni accoutumance, ni effets secondaires, ni contre-indications pour les personnes en souffrance ». Le Groupe d’étude des mouvements de pensée en vue de la protection de l’individu (Gemppi) met en garde les consommateurs sur « l’idéologie dangereuse des médecines magiques qui prétendent soigner le spirituel, le psychologique ». Sur le site web d’un des distributeurs officiels français, il est stipulé « les effets de ces élixirs floraux sont similaires à ceux de la méditation dans la mesure où ils permettent à l’homme d’accéder à la sagesse de son Moi Supérieur ». Ces notions de croyances véhiculées dans la publicité des médecines non conventionnelles interpellent plusieurs structures dont la Gemppi et la Miviludes, mission interministérielle instituée auprès du Premier ministre.

 

Elixirs de Bach – Elixirs de White

Richard Monvoisin
Richard Monvoisin (le sceptique) : « Quintessence d’une illusion ». Crédit : DR

Les élixirs floraux du bush Australien ne sont pas sans rappeler leurs aînés, les élixirs des Fleurs de Bach. Créés par le Docteur Edward Bach entre 1928 et 1936, ces élixirs ont été, largement, commercialisés. Inspiré de la méthode de création de Bach, Ian White distingue les deux produits. « Les élixirs de Bach sont vieux et de par la mort de son créateur, leur évolution a cessé. Ils ne répondent plus aux problèmes actuels de la société tels que la sexualité ou la communication ». Dernièrement mis en cause dans l’actualité sanitaire (lire encart 2), les Fleurs de Bach ont fait l’objet d’une analyse critique rédigée par Richard Monvoisin « Quintessence d’une illusion ». Enseignant-chercheur en pensée critique et en zététique (art du doute) à l’Université de Grenoble, l’auteur analyse que « se les faire prescrire, ou retrouver les élixirs sur les présentoirs des pharmaciens peut amener le patient à croire qu’il s’agit d’un médicament, c’est-à-dire d’un produit, scientifiquement éprouvé, alors que ce n’est pas le cas ».

 

Des médecines naturelles à la mode

Quatre vingt pour cent des français ont avoué avoir déjà essayé, au moins une fois, la médecine non conventionnelle (source OMS, 2002). Depuis plusieurs années, un changement de vision de la médecine s’opère : médecine chinoise, herboristerie ou encore homéopathie, aromathérapie, luminothérapie, musicothérapie, aquathérapie… pour ne citer que quelques disciplines, entrent dans notre parcours de santé. Pour la thérapie florale seule, « nous avons 2 000 clients rien qu’à Montpellier et ses alentours » renchérit l’héraultaise Cécile Prunier. Un engouement qui a fait changer les réglementations en matière de remboursements. L’homéopathie et l’acupuncture sont, à ce jour, des orientations médicales reconnues par la Sécurité sociale et donc remboursées en France. En 2011, un sondage met en avant l’attente forte des Français pour le développement de « thérapies sans médicament pour prévenir et guérir », avec 74 % des sondés qui apprécieraient ce type de prescriptions par leur médecin (Source : ViaVoice, 2011). En Suisse, l’homéopathie, la phytothérapie ou encore la médecine traditionnelle chinoise sont remboursées.
Si les mœurs des Français tendent à évoluer en faveur des médecines naturelles, la réglementation campe sur ses positions. Une directive européenne de 2004, appliquée en France depuis le 30 avril 2011, rend illégale l’utilisation d’un grand nombre de plantes médicinales. Tiraillée entre l’accroissement des médecines naturelles et des lois désuètes, « l’Europe a besoin de conseils et l’Institut pour la protection de la santé naturelle vise à défendre le point de vue de la population » reprend Jean-François Astier, membre de l’ISPN et conseiller éditorial pour le magazine Plantes & Santé. « Nous revendiquons, vivement, la liberté de choisir notre médecine ».

 

Absence de preuves scientifiques

Didier Pachoud
Didier Pachoud, président de la Gemppi. Crédit : DR

« L’homéopathie est le seul produit agréé en France qui n’a pas fourni de résultats scientifiques » relève Didier Pachoud, président de la Gemppi, association de défense des personnes dans le domaine des croyances religieuses et thérapeutiques holistiques. Si aucune preuve scientifique n’atteste l’efficacité des élixirs de l’australien Ian White, rien ne prouve, non plus, leurs méfaits. En comparaison, les élixirs de Bach ont été, scientifiquement, mis à l’épreuve, en 1998 par le département de médecine complémentaire de l’université d’Exeter en Angleterre. Vu les résultats, rien n’a pu démontrer l’efficacité des élixirs de Bach, l’effet n’aurait pas dépassé celui d’un placebo. Pour l’enseignant-chercheur grenoblois, Richard Monvoisin, l’absence de cautions scientifiques trouve son explication ailleurs. « Si les pathologies désignées sont floues, subjectives, et proches de l’état d’âme, (ex : peur, solitude, découragement ou désespoir… ) il n’y a aucun moyen d’évaluer une quelconque efficacité. La notion est bien trop complexe et subjective pour être testée ou simplement mesurée ». Interrogé sur le sujet des essais scientifiques, Ian White, créateur des élixirs du bush Australien, répond « avoir publié beaucoup de témoignages sur son site Internet ». Richard Monvoisin met en garde : « mille témoignages ne font pas une preuve scientifique ». Pour toute médecine non conventionnelle, la Gemppi invite à la prudence. « Toute pratique relevant de la foi ou qui, simplement, n’est pas contrôlable ou vérifiable parce qu’elle ne relève pas de la science ou de la physique, devrait appeler de notre part un minimum de recul, de réserve, voire de méfiance » conseille Didier Pachoud, président de l’association.
   

  1. Site Internet officiel de l’australien Ian White : http://ausflowers.com.au
  2. La Maison Papillon, Montpellier (34).
    Tél. 06 71 03 21 04.
    E-mail : sophro.th.florale@gmail.com.
    Site Web : http://cecile1515.free.fr.
  3. Centre de thérapie florale, Romans-sur-Isères (26).
    Tél. 06 08 80 60 32. E-mail : nadiajacquemin@mac.com.
    Site Web : www.fleurs-et-sens.com.

 

Pour en savoir plus

  • Elixirs floraux du bush australien : le pouvoir des fleurs contre les blocages émotionnels
    par Romaric Liégeois et Marine Grandmottet,
    Les Éditions du Contre-pied, collection « Les enquêtes qui dérangent »,
    20 pages, janvier 2014, 4 €, ISBN 979-10-93257-01-3.
  • Lire l’article « Ian White, le Docteur Bach australien »,
    de Romaric Liégeois et Marine Grandmottet,
    paru dans le magazine Plantes & Santé numéro 139 (octobre 2013), pages 18-19.

 

 

 

Sources

  • Analyse critique des élixirs floraux de Bach « Quintessence d’une illusion » rédigée par Richard Monvoisin, site de l’Oberservatoire zététique.
  • Lire l’article « Les élixirs floraux du bush australien » par Cécile Prunier, site du Journal du Naturel.
  • Décision publiée par le Journal Officiel le 3 février 2004 sur le site internet de Légifrance.gouv.fr.
  • Site internet de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), http://www.who.int/fr/.
  • Site internet du Ministère des Affaires sociales et de la Santé, rubrique « Pratiques de soins non conventionnelles ».
  • « Guide Santé et dérives sectaires » Rapport de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) – 2009 – La Documentation Française.
  • Sondage ViaVoice pour le Groupe Pasteur Mutualité « L’opinion des Français sur les thérapies non médicamenteuses » – Juin 2011.

 

Petit glossaire pour les nuls

  • Médecine parallèle, alternative ou douce. Dans certains pays, les appellations médecine parallèle, alternative ou douce sont synonymes de médecine traditionnelle. Elles se rapportent, alors, à un vaste ensemble de pratiques de soins de santé qui n’appartiennent pas à la tradition du pays et ne sont pas intégrées dans le système de santé dominant.
  • Médecine traditionnelle. La médecine traditionnelle est la somme totale des connaissances, compétences et pratiques qui reposent sur les théories, croyances et expériences propres à une culture et qui sont utilisées pour maintenir les êtres humains en bonne santé ainsi que pour prévenir, diagnostiquer, traiter et guérir des maladies physiques et mentales.
  • Médecine conventionnelle. Le terme « médecine conventionnelle » laisse, clairement, entendre que les méthodes utilisées pour soigner les patients sont reconnues par l’ensemble de la communauté médicale. Il s’agit de thérapies et de médicaments classiques qui conviennent (d’où l’utilisation du mot convention) à l’autorité médicale. Pour quelles raisons ? Parce que cette médecine est considérée « plus crédible » dans la mesure où elle repose sur une approche scientifiquement rigoureuse. Reconnaissons que cette médecine a fait des progrès impressionnants ces dernières décennies. Toutefois, au-delà des profits considérables générés, notamment, à la faveur quasi exclusive des lobbies pharmaceutiques, la médecine conventionnelle reconnaît le dogme par lequel les affections sont curables uniquement selon des protocoles chimiques toxiques internationaux. Il n’est donc pas question pour elle de laisser insinuer dans l’esprit des gens (patients ou non) que des méthodes naturelles (alternatives) pourraient soigner sans dommage pour l’organisme.
  • Médicament. On entend par médicament toute substance ou composition présentée comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l’égard des maladies humaines. Tout produit présenté avec des allégations thérapeutiques, par exemple, traitement de l’insomnie ou de la constipation, est considéré comme un médicament et doit respecter la réglementation en vigueur.
  • Naturopathie. Méthode englobant l’étude, la connaissance, l’enseignement et l’application des lois de la vie afin de maintenir, retrouver et optimiser la santé par des moyens naturels. La naturopathie est dite « médecine traditionnelle occidentale » pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
  • Placebo. Préparation dépourvue de tout principe actif, utilisée à la place d’un médicament pour son effet psychologique, dit « effet placebo ».
  • Santé. La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité.
  • Dérive sectaire. Dévoiement de la liberté de pensée, d’opinion ou de religion qui porte atteinte à l’ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l’intégrité des personnes. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d’exploiter chez une personne un état de suggestion psychologique ou physique, la privant d’une partie de son libre arbitre.

 

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