Méditerranée : une poubelle à ciel ouvert !


La Méditerranée supporte une pollution extrême dont 80% provient des terres côtières. Crédit : V. Berger
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Plus de 500 tonnes de micro-déchets en plastique pollueraient, actuellement, le bassin méditerranéen selon les premiers résultats de l’étude «Méditerranée en danger» menée par l’Institut Français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et l’Université de Liège (Belgique). Un constat alarmant pour lequel la communauté internationale doit réagir vite. À quelques mois de la période estivale, il ne fait pas bon plonger dans la Belle Bleue. Alors qui veut la peau de la Méditerranée ? Enquête.

 

L’asphyxie réelle de la Méditerranée par une pollution accrue est-elle irrémédiable? Les actions de l’Homme sur cet environnement marin sont-elles encore réversibles ? Dans peu de temps, il sera trop tard. La Méditerranée est victime de l’héritage des pollutions passées, atteinte par les pollutions présentes et sera soumise à l’horizon d’une génération à une pression de pollution d’origine anthropique de plus en plus forte, dont les conséquences seront démultipliées par les effets attendus du réchauffement climatique.

 

La scène de crime

Humer le sel marin, marcher pieds-nus dans le sable chaud et doux, admirer l’écume des vagues, écouter le ressac… tous ces éléments constituent une carte postale idyllique de la côte méditerranéenne. Hélas, cette image aux couleurs du sud s’assombrit. Non par l’effet du temps mais par l’intervention d’un redoutable prédateur que connait bien la planète terre, l’Homme ! 
Fragmentée entre deux zones (la rive nord et la rive sud) marquées par des divergences politiques, culturelles et économiques, la Méditerranée supporte une pollution extrême dont 80% proviennent des terres côtières. Le littoral doit faire face à une urbanisation croissante. À partir de 1970, la population a connu une croissance de 50% pour atteindre 427 millions d’habitants en 2000. Inquiétant, lorsque l’on sait qu’elle est un véritable fleuron de la biodiversité planétaire, abritant 7 à 8% des espèces marines connues, soit 12 000 espèces.

 

Le mobile : quand Méditerranée rime avec…

Tourisme 
Avec 257 millions de visiteurs, la côte méditerranéenne concentre 31% du tourisme mondial. Atout économique indéniable, mais aux conséquences écologiques désastreuses, puisque les flux touristiques entraînent divers types de pression environnementale. Pour n’en citer que deux : l’urbanisme démesuré vis-à-vis des besoins des populations résidentes et la gestion de l’eau comme la consommation spécifique des golfs et des piscines, l’usage à titre individuel et les périodes d’étiage.

Agriculture
Elle intervient comme un des facteurs de la pollution aussi bien chimique que physique. Notamment, avec un usage excessif de pesticides dont le stockage pour certains est interdits par la Convention de Stockholm, tels les polluants organiques et persistants. Ce qui entraîne lors de fortes pluies, l’écoulement des matières dangereuses dans les bassins versants puis vers la mer, sans omettre les besoins en irrigation générés par les barrages. Réservoirs qui bloquent les limons et accroissent l’érosion naturelle.

Pêche et aquaculture
Pratiquée dans des zones de riches biotopes, la pêche n’est pas non plus sans incidence, avec le chalutage détruisant les fonds marins, la pêche abusive du thon entre autre et la recrudescence des méduses. L’aquaculture, qui constitue l’une des réponses apportée à la surpêche et aux besoins croissants en poissons, représente pas moins de 200 000 tonnes de déchets par an dont les farines de poissons, l’usage démesuré d’antibiotiques ou de traitements.  Elle induit diverses pollutions même si cette pratique a pu, localement et fortement, réduire les teneurs des effluents, notamment en antibiotiques vétérinaires. En effet, l’usage massif de médicaments, à des fins de production animale ou végétale en milieu aquatique, est source de pollution des eaux côtières.

Industrie
Victime des pollutions industrielles passées, traditionnelles et transférées, le bassin méditerranéen présente les stigmates d’un milieu malade, asphyxié par les relargages de polychlorobiphényles (PCB) et de polluants organiques persistants (POP), par les rémanences d’exploitations anciennes (mine, textile, engrais, etc.), par les restes industriels des pays de l’Est, par les apports industriels des trois grands fleuves de la rive nord (Pô, Ebre, Rhône), par les industries de transformations d’hydrocarbures et par les supports matériels (téléphone, ordinateur, téléviseur, etc.).

Transport maritime
Carrefour maritime d’envergure, la Méditerranée enregistre un trafic dense qui accroît encore les risques de pollution.

Exploitation pétrolière en pleine mer
Une soixantaine de plateformes côtières d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures vétustes amplifient, également, le risque de pollution.

 

« Mayday Mayday »

A ce jour, quelque 250 milliards de micro-fragments de plastique contamineraient la Méditerranée, des déchets minuscules avalés par les planctons, eux-mêmes ingérés par les poissons, pourraient finir dans l’assiette du consommateur. Des campagnes sur les côtes de 14 pays méditerranéens menées de 2002 à 2006 par l’organisation non gouvernementale Ocean Conservacy ont permis d’avoir un aperçu sur la nature des objets retrouvés : 27% sont des filtres de cigarettes, 10% des embouts de cigares en plastique, 10% des bouteilles en plastique, 8,5% des sacs en plastique, 7,6% des canettes en aluminium, 5,8% des bouteilles de verre, 5,3% des emballages de nourriture et de tabac. Même si le littoral nord de la Méditerranée est bien surveillé, il n’en n’est rien en ce qui concerne les milieux côtiers et les grands fonds au-delà des 2 000 mètres, sans même oublier les dégâts causés par les mécanismes de transfert entre ces trois zones.
Un cocktail toxique classifié en huit grandes catégories infeste, actuellement, les milieux marins : les pollutions physiques, essentiellement produites par les aménagements susceptibles de modifier ou de détériorer la qualité physique de la côte et la minéralisation des sols ; les contaminants chimiques, représentés par les métaux lourds, les PCB, les POP et les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) ; les pollutions par les nitrates et phosphates. Selon une enquête menée par le programme MED POL (composante d’évaluation et de maîtrise de la pollution marine du Plan d’action pour la Méditerranée) concernant l’état d’assainissement des villes côtières de plus de 10 000 habitants, 31% ne sont pas desservies par des stations d’épuration faute de financements réguliers ; les pollutions émergentes incarnées par les produits pharmaceutiques peu filtrés par les stations d’épuration. L’académie de pharmacie, dans un rapport publié en 2008, met en avant les effets écotoxiques (aigus et chroniques) générés par les antibiotiques, les anticancéreux et les perturbateurs endocriniens qui peuvent être mutagènes et reprotoxiques ; les micro et macro-déchets caractérisés par les rejets des ménages, des installations touristiques, des décharges et des transports fluviaux. Ils sont néfastes pour la faune marine en entraînant, notamment, la mortalité des oiseaux, cétacés et tortues, mais aussi de la flore ; les phytotoxines riches en biodiversité à l’image des 26 lagunes méditerranéennes atteintes par des efflorescences détériorant le parc marin ; les espèces invasives. Selon une étude menée par le Plan Bleu, 925 espèces exogènes ont été recensées dont 56% sont pérennes ; la pollution par les hydrocarbures est, enfin, le triste résultat causé par les accidents de pétroliers, les incidents de manoeuvres portuaires et les rejets volontaires.

 

2030 : à tombeau ouvert

Au regard des principaux paramètres d’évolution de la pollution en Méditerranée, il convient de constater des contradictions plus que préoccupantes. En effet, si le durcissement progressif de la réglementation permet d’avancer, l’accroissement de la contamination, à contrario, induit la stagnation.
Selon les diverses études relatives à la croissance démographique, en 2020-2025 la population de la rive sud du littoral méditerranéen atteindrait 108 millions d’habitants, soit une augmentation de 41%, les états riverains comptabiliseraient 327 millions d’habitants. Quant à la population non côtière de la rive sud, elle totalisera 77,8 millions d’habitants, pour une progression de 60%.
Ce phénomène démographique ne sera pas sans effet sur l’environnement puisqu’il générera la poursuite de la minéralisation des sols côtiers (équipements, logements), l’accroissement de la production de déchets (industriels, municipaux, ménagers) et l’augmentation de la demande annuelle en eau qui passera de 290 km3 à 332 km3.
Côté climat, au cours du XXe siècle, le sud-ouest de l’Europe a enregistré une progression de 2° Celsius sur les températures moyennes annuelles. Ce réchauffement climatique et la maigre pluviométrie donneront lieu, inévitablement, à un développement des milieux propices à la propagation des espèces invasives, à la diminution des apports en eau douce qui sera aussi plus chargée en polluants ; à la modification de la circulation des courants, à la remontée de la couche de mélange des eaux suivi d’un dysfonctionnement de la chaîne alimentaire et, enfin, à l’acidification du milieu marin. 

Il serait criminel et outrageusement lâche d’assister, passivement, à la mort de tout un univers, qui plus est marin et, par conséquent à l’origine de la vie, alors que chacun, désormais, est conscient du désastre actuel et futur. Il faut agir, vite, réveiller les consciences aux plus hauts niveaux des Etats comme dans notre quotidien d’individu lambda. Dans peu de temps, il sera trop tard. Une chose est sûre, en revanche, tout acte criminel constaté lié à la pollution de la Méditerranée et, par extension aux autres bassins du globe, qu’il soit particulier ou collectif, doit faire l’objet de poursuites et de condamnations exemplaires. Les « pollueurs doivent être les payeurs ». Il est grand temps de se mouiller !

 

Carte d’identité

Nom : Méditerranée
Âge : 50 à 60 millions d’années
Superficie : 2 150 000 km2
Littoral : 46 000 km de côtes
Profondeur moyenne : 1500 m
Marées : faibles
Volume d’eau : 3 700 000 Km3
Temps de renouvellement des eaux : 100 ans

 

Sources
La pollution de la Méditerranée : état et perspective à l’horizon 2030, rapport du sénateur Roland Courteau, Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), organe du Sénat. AN n° 3589 – Sénat n° 652 – 21 juin 2011 ;
– Site web du Programme MED ;
– Site web de l’Ifremer ;
– Parlement de la Mer ici.

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