Les Ogres de Barback : « On doit se tourner vers l’autre »


Les Ogres de Barback « On doit se tourner vers l'autre »

Les Ogres de Barback feront une tournée de 15 concerts exceptionnels de début juin à début octobre 2016. Crédit : Pierre Wetzel
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Depuis 22 ans, les Ogres de Barback menés par quatre membres de la fratrie Burguière cultivent en toute liberté leurs projets musicaux engagés et métissés visant à promouvoir une chanson française « décloisonnée et ouverte sur le monde ». Interview de la multi-instrumentaliste Alice.

 

Les Ogres de Barback ont fêté en 2014 leurs 20 ans d'existence sur scène, scellés par un album live. Crédit : Pierre Wetzel
Les Ogres de Barback ont fêté en 2014 leurs 20 ans d’existence sur scène, scellés par un album live. Crédit : Pierre Wetzel

 

Paradigme & Prospective : La dernière chanson de Renaud « Toujours debout », dévoilée le 26 janvier 2016, critique la presse people et ses paparazzis « qui me dépriment et qui m’impriment ». Partagez-vous cette idée, vous qui avez toujours vogué hors du star system ?

Alice : Nous avons toujours été en retrait des médias, malgré nous – du moins au début de notre carrière. Nous n’avons jamais atteint un hitparade ou la playlist d’une radio nationale. Il faut dire que nous avons toujours traité de thèmes un peu « embêtants ». Puis, avec le recul et le temps, nous nous sommes rendu compte que, même sans les grands médias, nous avions derrière nous un public fidèle et que cela nous suffisait. Nous partageons le même état d’esprit que Renaud. Qu’importe finalement le regard des autres, qu’importe ce que l’on devient : vivre sa vie telle qu’on l’entend reste la meilleure philosophie.

 

« Nous autoproduire est une vraie chance »

 

Pensez-vous que votre musique puisse être qualifiée d’ « alternative » ?

Nous sommes un peu la relève des groupes de la scène alternative [des années 1980-1990] ! Mais ce qui est surtout alternatif chez nous, c’est notre organisation et notre mode de fonctionnement. Nous autoproduisons nos chansons ; nous n’avons jamais été dans une maison d’édition classique. C’est une vraie chance. Cette grande liberté nous permet de fixer le prix de nos disques, le style de musique que nous souhaitons faire. On a été bercé par les chansons à textes de Renaud – que nous ne comprenions pas forcément quand nous étions plus jeunes -, de Ferré. Nous écoutions aussi Pierre Perret. Nous avons d’ailleurs réalisé les arrangements de son album [Çui-là, 2003] et l’avons invité à chanter « Lili » sur scène car cette chanson correspond à nos valeurs, celles de l’ouverture et du partage. Face aux gens, aux endroits refermés, repliés sur eux-mêmes, il faut montrer que l’on doit se tourner vers l’autre.

 

« Nous sommes fiers 
 d’avoir récolté 100 000 € 
 pour Handicap International »

 

Dans votre discographie, vous avez fait un choix audacieux et engagé, celui du disque pour enfants…

L’univers de Pitt Ocha est né quand nous avons eu nos enfants. On nous avait déconseillé de faire ce choix car il était trop risqué. On nous répétait que cela ne marcherait pas. Et ce premier disque pour enfants a été notre meilleure vente ! Nous avons alors décidé de reverser 1 € à une association, Handicap International, dont nous connaissions certains bénévoles. Nous sommes fiers d’avoir récolté depuis 100 000 €! Nous avons alors créé l’association Pitt Ocha, financé par les disques, qui introduit la musique dans des milieux défavorisés [voir encadré]. Nous retenons des projets qui correspondent à nos valeurs de partage, que nous pouvons financer en partie en France ou à l’étranger.

 

« Nos valeurs ? L’ouverture et le partage »

 

Vous aviez 15 ans quand vous avez créé avec votre sœur et vos frères les Ogres de Barback. Bientôt, vous reprendrez la route pour une série de concerts exceptionnels. Toujours d’attaque ?

Nous avons toujours eu des projets farfelus. Le renouvellement est notre moteur. Nos différentes rencontres artistiques et les voyages nous donnent des idées : on a tourné avec une fanfare du Bénin puis avec la fanfare du Belgistan. Cette fois-ci, nous avons décidé de faire 15 concerts éphémères avec Guillaume Lopez et le Bal Brotto-Lopez [ndlr : groupe de « bal populaire » des Pays d’oc, composé de Cyrille Brotto et de Guillaume Lopez] cet été, entre début juin et début octobre. C’est un nouveau style, un peu « bal tradi ». On va revisiter nos chansons et mêler nos deux répertoires. Il va y avoir de la danse, de la bourrée… et des reprises des chansons d’Allain Leprest [poète-parolier et chanteur français]. Chaque fois, nous avons un ou deux projets qui nous portent pendant un ou deux ans. Et nous tenons comme ça depuis plus de 20 ans, en nous entourant d’amis.              

  1. Chiffre actualisé

 

 

L’association Pitt Ocha pour un monde de sons

L’association Pitt Ocha pour un monde de sons est créée par les Ogres de Barback en 2009. Elle soutient les projets musicaux et culturels d’associations justifiant d’au moins un an ou deux ans d’existence ou d’établissements scolaires n’ayant pas assez de ressources pour mener à bien leur projet. Pour financer les activités dans des lieux où la culture est difficile d’accès, l’association s’appuie sur la publication d’albums mettant en scène le personnage de Pitt Ocha : Pitt Ocha au Pays des Mille Collines (2009) et Pitt Ocha et la tisane de couleurs (2013). Un euro est reversé pour chaque achat de disques. Depuis la création de l’association, 20 projets ont été soutenus en France et à l’étranger grâce aux fonds récoltés. À Angers (49), Les Ogres de Barback soutiennent le groupe des Chambres à Airs intervenant auprès du jeune public dans les hôpitaux. Au Rwanda, la chorale Inararibonye vient en aide aux femmes victimes du génocide à Kigali en leur permettant de maintenir une tradition musicale qui a survécu aux persécutions, aux progroms et à l’exil. Au Cameroun, les enfants défavorisés peuvent accéder à des cours de musique dispensés par des professionnels à des coûts très réduits via l’association Itamm. Le niveau de l’aide peut atteindre jusqu’à 3 000 €. Des dons peuvent être également adressés à l’association. Plus d’informations sur http://www.pittocha.com/presentation/en-savoir-plus-sur-l-asso-49

 

À propos des Ogres de Barback

En 1994, deux frères et des soeurs jumelles multi-instrumentalistes d’une même famille d’origine arménienne de Cergy-Pontoise, Fred, Sam, Mathilde et Alice Burguière, créent leur groupe à respectivement 19, 20 et 15 ans. Les Ogres de Barback (du mot familier « barbaque », signifiant « viande fraîche, chair ») sont nés. Trois ans plus tard, ils font une tournée dans les bars de Paname pour présenter leur premier album autoproduit, Rue du temps. Suivront pendant 20 ans une série de sept albums studios réalisés via leur label Irfan : Irfan, le héros (1999), Fausses notes & Repris de Justesse (2000), Croc’Noces (2001), Terrain vague (2004), Du simple au néant (2007), Comment je suis devenu voyageur (2011) et Vous m’emmerdez (2014). Grâce à leur projet Latcho Drom, il partage un « chapiteau itinérant » en France et en Europe avec des amis musiciens tels Les Hurlements d’ Léo ou Debout sur le Zinc. Ils collaborent avec un grand nombre d’artistes au cours de leurs pérégrinations : Sanseverino, Pierre Perret, Manu Chao, Zebda. Un disque anniversaire pour leurs 20 ans en live a été édité en 2015. Depuis leurs débuts, le groupe s’est illustré en s’engageant pour l’égalité, la fraternité et les actions citoyennes. Fin 2006, le groupe organise la tournée Aux Urnes pour sensibiliser le public aux élections présidentielles. Le 30 janvier 2013, le député socialiste ardéchois Olivier Dussopt défend le projet de mariage pour tous en citant leur chanson « Jérôme ».

Informations sur http://lesogres.com/.

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