Pierre Lance : « Savants maudits, chercheurs exclus »


Pierre Lance : "Je m'efforce depuis près de 55 ans, de « jeter les bases philosophiques d’une civilisation nouvelle capable de réconcilier l’homme avec la nature et surtout avec sa propre nature ». Crédit : DR
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Auteur prolixe d’un « réquisitoire implacable contre la  nomenklatura scientifique et médicale », Savants maudits, chercheurs exclus, recueil de biographies de scientifiques publiées par Guy Trédaniel éditeur, régulièrement réimprimé depuis 2001, Pierre Lance, journaliste, philosophe, conférencier, revient sur les 4 volumes de son dossier des découvertes interdites, fort de 30 années de parution ininterrompue, d’enquête et d’investigation. Point de vue.

Paradigme & Prospective : Quel a été le facteur déclenchant du choix que vous avez fait de vous lancer sur la piste de vos Savants maudits, chercheurs exclus ?

Pierre Lance (82 ans) : C’est parti de quelques articles parus dans l’Ère Nouvelle, revue de prospective que je dirige depuis plus de 30 ans qui traite de très nombreux sujets mais principalement de la santé car cette question reflète assez exactement l’état profond d’une société. Je rédigeais un « papier » chaque fois que je constatais qu’un chercheur rencontrait une opposition qui ne me semblait pas juste. Je me suis lancé sur la piste des pionniers de la science dont on a refusé de reconnaître les découvertes alors que beaucoup d’entre elles pourraient aider à écarter les dangers qui menacent notre environnement et notre santé. Enjeu dont les dirigeants politiques du monde entier ont semblé prendre conscience en 2007. Le film de l’ancien vice-président américain Al Gore, Une vérité qui dérange, la série documentaire télévisée Vu du ciel, du photographe Yann Arthus-Bertrand, l’entrée, fracassante, dans la campagne présidentielle française du Pacte écologiste de Nicolas Hulot, sont autant d’événements qui exigent la mise en œuvre de découvertes jusque-là occultées. Puissé-je, en redonnant droit de cité aux scientifiques exclus, apporter ma contribution au sursaut salvateur que réclame notre planète en danger. Les critères sur lesquels je me suis basé pour cibler les savants victimes d’injustices ont un aspect particulièrement difficile. Pour que l’ouvrage puisse avoir une signification sociologique, il fallait sélectionner un certain nombre de personnages. Au-delà des problèmes de santé, j’ai voulu introduire d’autres secteurs d’activité, dont l’énergie, pour bien démontrer que cela dépassait le seul domaine médical. Le succès de ces biographies repose essentiellement sur le « bouche à oreille », ce qui est très réconfortant, car il apporte la preuve que dans notre société moderne ultra médiatisée, il est encore possible d’informer les citoyens de ce qui les concerne au premier chef. Cela malgré le silence pesant de certains journalistes, conformistes ou corrompus, qui n’osent guère parler d’un sujet dont ils subodorent que la “nomenklatura”  ne le verra pas d’un bon œil.

 

Que diriez-vous de vos désormais célèbres Savants maudits ?

Mes Savants maudits sont de grands scientifiques et chercheurs contemporains, citoyens français ou ayant choisi la France pour seconde patrie. Tous convaincus, à l’origine, que le soi-disant « pays des droits de l’homme », qui était au XIXe siècle en tête de toutes les nations pour le nombre et la qualité des découvertes scientifiques et des inventions, ne pouvait qu’être la terre promise des chercheurs indépendants, de toutes les disciplines. Ce qu’ils ignoraient ou ne prévoyaient pas, c’est que la France jacobine allait devenir peu à peu au cours du XXsiècle une technocratie absolue, dominée par les clergés scientistes, les réseaux scolastiques, les clans bureaucratiques, les pseudo-services publics et les groupes d’intérêts, et qu’il y serait désormais impossible à un savant indépendant de faire accepter ses travaux quelle que soit leur valeur, et même, a fortiori, si cette valeur s’avérait grande. Ne connaissant que trop bien les tares de la société française, que j’étudie depuis plus de 50 années, je ne doute pas qu’elle ne recèle, dans tous les domaines, des dizaines, sinon des centaines, d’esprits d’insigne envergure, condamnés par la « nomenklatura » à n’être, jamais de leur vivant, connus du grand public, même s’ils devaient l’être un jour, longtemps après leur mort.

 

Qu’évoquent pour vous les moyens employés par l’opposition scientifique et médicale pour discréditer voire réduire au silence ces pionniers de la recherche ?

Dans la sphère scientifique, le silence est roi. Ne pas dire un mot sur une découverte est très efficace. Critiquer une innovation, c’est lui faire de la publicité. Alors on ne dit rien. Si l’intéressé n’a pas les moyens financiers et autres de « percer le mur », il est fichu. En la matière, le mépris absolu est de mise. On n’ose pas dire que, pendant des dizaines d’années, on s’est trompé. C’est ainsi que l’on n’a pas osé effacer les dogmes. C’est une absurdité parce que, sans cela , l’évolution des espèces est incompréhensible. C’est une question de bon sens.

 

« Dans la sphère scientifique, le silence est roi. 
Ne pas dire mot est très efficace »

 

Au regard de votre connaissance de la société française, voyez-vous une évolution de cette macabre tendance qui constitue bel et bien une triste réalité ?

C’est un mode de fonctionnement qui est inhérent à toute société organisée et particulièrement la société moderne avec, toutefois, aujourd’hui, le phénomène Internet qui a pris beaucoup d’importance. Il permet, en outre, à des chercheurs indépendants de pouvoir faire connaître leurs découvertes sans devoir passer sous le joug des fourches caudines ou des organismes officiels. J’espère beaucoup d’Internet. Bien que l’on y trouve le pire comme le meilleur. Pour tous ceux qui ont suffisamment de connaissances, de lucidité et d’esprit critique, l’avancée semble positive à l’instar du Dr Matthias Ruth qui, par le web, tient en échec le corps médical, américain principalement, qui fait tout pour l’étouffer mais sans succès. Le chercheur indépendant se heurte obligatoirement aux corps constitués de savants patentés, subventionnés, ou même à ceux de laboratoires privés.
C’est un franc-tireur, en dehors des conventions. Et si, par hasard, il exerce au sein d’un système reconnu comme « officiel » (Beljanski, Solomides…), c’est peut être pire. Si ce qu’il propose n’est pas en adéquation avec les dogmes de la maison, avec les intérêts de l’institution qu’il représente ou conforme à la culture d’entreprise, il est rejeté. Une structure, quelle qu’elle soit, se dresse systématiquement vers toute nouveauté qui provient d’ailleurs et qu’elle ressent comme une menace. Toute organisation pourrait s’apparenter à un animal dirigé par son cerveau reptilien. Des réactions qui paraissent illogiques vues de l’extérieur s’expliquent très bien par l’instinct de survie. Celui qui se trouve face à une idée qui remet en question à la fois,sa carrière, les thèmes qu’il a lui-même affirmés, les vérités imposées, se trouve menacé. En conséquence, il se défend, écartant, par tous les moyens, le trublion qui vient lui présenter une innovation.

 

« Critiquer une innovation, c’est lui faire de la publicité. 
 Alors, on ne dit rien »

 

Que vous inspire la marginalisation voire la persécution à laquelle sont en butte ces scientifiques dont on ne voulait pas ?

Bien des esprits créatifs et inventifs se trouvent confrontés, parfois dans leur entourage immédiat, à quelques problèmes de santé que la médecine conformiste ne peut résoudre de façon satisfaisante. Ils sont conduits d’instinct à appliquer leurs talents au domaine thérapeutique, même lorsque rien ne les prédestinait à cela. C’est la raison pour laquelle on trouve en France, dans le cercle des thérapies, plus de savants maudits que partout ailleurs. Et tel est le paradoxe qui nous laisse une lueur d’espoir : moins les Français sont libres de se soigner à leur guise, et plus fleurissent, parmi eux, les esprits libres et rebelles préparant, sous le manteau, les voies de l’avenir. L’augmentation constante des pathologies graves et la suite ininterrompue de scandales sanitaires démontrent les profondes dégradations simultanées de notre système de soins, de notre agriculture chimique et de nos structures politico-administratives. Pour ce qui relève de la science, la fuite des cerveaux, la baisse permanente du nombre de nos brevets, comparativement aux autres nations développées, la marginalisation et l’obstruction, quand ce n’est pas la persécution, auxquelles font face les novateurs et inventeurs indépendants, portent preuve d’une paralysie alarmante de la communication scientifique en France, avec toutes les graves conséquences que l’on peut imaginer dans un monde où règnent la concurrence économique, la pollution généralisée et le développement accéléré des nouvelles technologies. Dès lors, à défaut d’une profonde réforme de la société française, Le Mal français, si magistralement diagnostiqué par Alain Peyrefitte dès 1976, et qui n’a cessé d’empirer, finirait par inscrire la France au triste catalogue historique des nations déchues.      

 

À lire… et à relire

  • Savants maudits, chercheurs exclus, Un réquisitoire implacable contre la «nomenklatura » scientifique, collection Guérisons interdites, survivants illégaux,
    volume 1, Pierre Lance, Guy Trédaniel Editeur ;
  • Savants maudits, chercheurs exclus, Des découvertes interdites pourtant utilisables et efficaces… notamment dans le domaine de la santé,
    volume 2, Pierre Lance, Guy Trédaniel Editeur ;
  • Savants maudits, chercheurs exclus, Des découvertes interdites…,
    volume 3, Pierre Lance, Guy Trédaniel Editeur ;
  • Savants maudits, chercheurs exclus, Progrès censurés, savoirs perdus, thérapies étouffées,
    volume 4, Pierre Lance, Guy Trédaniel Editeur ;
  • La dictature médico-scientifique,
    Sylvie Simon, Editions Filipacchi, 1997 ;

 

À propos de Pierre Lance

Ecrivain, journaliste, philosophe, conférencier, Pierre Lance s’efforce, depuis près de 55 ans, de « jeter les bases philosophiques d’une civilisation nouvelle capable de réconcilier l’homme avec la nature et surtout avec sa propre nature ». Polémiste et pamphlétaire, il débute son œuvre littéraire en 1965 par la publication la même année de son second livre Charles de Gaulle, ce chrétien nietzschéen, édité par l’association de lecteurs La Septième Aurore dont il est à l’origine. Son premier essai, Le Spiritualisme athée sera publié par l’association en 1966 (réédité en 1992). Auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont un roman d’anticipation Le Premier Président, paru chez Filipacchi en 1993, son recueil de biographies de scientifiques, Savants maudits, chercheurs exclus, a été publié en avril 2001 par les Presses de Valmy, puis réédité en 2003 par Guy Trédaniel qui publiera un second tome en janvier 2005, un troisième en janvier 2006 et un quatrième en mai 2010. Le Fils de Zarathoustra est paru en mai 2006 aux Editions Véga (groupe Trédaniel). Rédacteur en chef des revues l’Hespéride (1966-1976), il fonde en 1969 la Société Nietzsche qui publiera la revue Engadine jusqu’en 1977, puis L’Ère Nouvelle1, la revue de prospective du 3e millénaire, qu’il cofonde en décembre 1980 avec ses deux compères Paul Ménard2 et Jean Brasier3. Revue qui a publié en janvier 2016 son 223e numéro (à raison de 5 numéros par an). Il a également publié de nombreux articles entre 2000 et 2009 dans le journal créé par Alain Dumait4, Les 4 Vérités.
Collaborateur au mensuel bimédia Alternatif Bien-Être (Groupe Santé Nature Information) depuis juin 2012, il publie, désormais, un billet quotidien abordant l’actualité sur le site  www.nice-provence.info  et pilote la rubrique «Le Lance Pierres » depuis mai 2015. Lance rejette tous les collectivismes, qu’ils soient religieux ou politiques : « Le monde recule par les masses et avance par les individus ». Il se présente lui-même comme n’étant ni de droite ni de gauche. « Ma gauche est trop gauche, confiera-t-il, et ma droite trop maladroite !»  Son libéralisme d’inspiration nietzschéenne est proche du libertarianisme.
Pierre Lance a donné de nombreuses conférences et a fait paraître, en 50 ans de parution ininterrompue, une multitude d’articles, tant dans ses propres revues que dans d’autres publications. Son œuvre publiée à ce jour est estimée à plus de 20 000 pages. Il crée son premier journal cantonal à l’âge de 16 ans qu’il composait lui-même manuellement en caractères de plomb et qu’il imprimait sur une presse à épreuves, fonde une troupe de théâtre et devient le benjamin de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. En 1950, il entre au Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris. Appelé sous les drapeaux en juin 1954, il est incorporé comme soldat de 2e classe au 3e RTS5 de Bizerte (Tunisie). Reçu au concours de l’Ecole des officiers de réserve de Cherchell, il participera durant 30 mois en qualité de sous-lieutenant aux opérations d’Afrique du Nord, en Tunisie puis en Algérie. Né le 29 septembre 1933 à Trouville-sur-Mer (Calvados), il est issu d’une famille lyonnaise par son père et normande par sa mère.

 

  1. Le premier numéro de L’Ère Nouvelle fut tiré à 50 000 exemplaires et diffusé en kiosques. Aujourd’hui, la revue est disponible uniquement sur abonnement.
  2. Alors PDG de la société bretonne « Procédés Roland Pigeon ».
  3. Ecrivain mémoraliste décédé le 23 février 2003, il collaborera à plusieurs périodiques dont Citoyen du Monde et Hara-Kiri.
  4. Journaliste économique et homme politique français de tendance libertarienne né le 19 février 1944 à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), il fut maire du 2e arrondissement de Paris.
  5. 3e Régiment de Tirailleurs Sénégalais (RTS), Infanterie, Armée de Terre Française.

 

A toutes fins utiles

L’Ère Nouvelle, BP 171, 06407 Cannes Cedex,
e-mail : lerenouvelle@wanadoo.fr.

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