Plaider la reconnaissance du « crime écologique » contre l’humanité


Polly Higgins, avocate américaine militant pour la reconnaissance d'un « écocide ». Crédit : Anon - USA
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Plaider fait et cause pour l’écologie a-t-il encore un sens ? La question est légitime. Bien qu’inscrite au premier rang des priorités politiques, rappelons qu’en France seuls dix-huit députés siègent au parlement et cinquante sur les bancs du Parlement européen. Dès lors, comment les pouvoirs publics peuvent-ils solutionner les problématiques de manière effective si, de surcroît, l’écologie manque, à ce point, de représentativité politique ? Crime écologique : quelles alternatives ?

De fait, il n’est pas étonnant de voir éclore, en marge de tout débat politique, un nouveau genre de militantisme écologique au travers des différents mouvements Zadistes, qui œuvrent à la mise en place d’un activisme brutal, peu banal, mais surtout antisystème. Leur leitmotiv : malmener l’économie de marché et s’opposer aux activités économiques qui menacent directement l’environnement. En France, actuellement, on dénombre cinq ZAD dont celle de Notre-Dame-des-Landes. L’initiative, payante, paralyse depuis 2008 la construction d’un aéroport qui nécessite la déforestation de plusieurs milliers d’hectares de végétation. Les nouveaux fossoyeurs de l’économie du rentable ce sont eux. Mais pas seulement. L’autre alternative, plus juridiquement incorrecte, consisterait à s’interroger sur l’opportunité d’une action auprès d’une instance de justice internationale qui reste à créer et de plaider la reconnaissance du « crime écologique » contre l’humanité, tout en démontrant que notre système qui repose sur l’économie néolibérale génère des conséquences dommageables irréversibles sur l’environnement et sa population. Frapper fort pour que soient traduits les auteurs de crimes écologiques. La question mérite d’être posée comme d’ailleurs se la pose Polly Higgins, avocate en droit international, qui milite pour que soit reconnu « l’écocide » et qui se réclame d’une justice internationale pour l’environnement. Il est également urgent pour les défenseurs de la cause écologique de dénoncer les failles du principe pollueur/ payeur, principe enraciné dans des dogmes économiques et qui donne, en prime, la part belle aux différents acteurs économiques qui minimisent leur responsabilité par ce que l’on appelle l’internalisation des coûts de pollution, ce qui leur donne presque un droit légitime à polluer en toute impunité.

 

« L’économie de marché est la cause 
immédiate de la destruction des conditions 
d’habitabilité de la planète », 
Dominique Bourg, vice-président 
de la fondation Nicolas Hulot 

 

Paradoxe de tout un système. De ce fait, dénoncer par la voie juridique internationale les dérives d’un système économique qui ne convient plus devient pressant, surtout lorsque l’environnement est me- nacé et que l’efficacité de l’ordonnancement juridique aujourd’hui en place semble botter en touche. Pour preuve, la frileuse application des principes de pollueur/payeur (taxe sur la pollution des eaux de moins en moins appliquée) et le sacro-saint principe de précaution, consacrés tous deux dans la charte de l’environnement du 2 mars 2004, témoignent que l’écologie en France n’a pas de réels garde-fous.

 

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