Revenu de base : un cheval de Troie libéral ?


Selon le Mouvement français pour un revenu de base, cette initiative « enclencherait une transformation sociale radicale ». Crédit : MFRB
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Le revenu de base, ou revenu universel inconditionnel, est le type même de la bonne idée qui pourrait mal tourner. Cette mesure peut pourtant en faire rêver plus d’un : une somme versée à tout le monde par l’État, peu importe sa situation sociale ou professionnelle, prête à redorer le blason de la gauche. Mais l’idée plaît aussi à la droite libérale, qui y voit le moyen de supprimer les autres aides sociales à l’exemple des allocations familiales.

 

Christophe Ramaux, économiste : « Il faut remettre en cause la mondialisation libérale, fixer des règles élémentaires en matière d'échanges, encadrer le concurrence ». Crédit : Russel shaw higgs
Christophe Ramaux, économiste : « Il faut remettre en cause la mondialisation libérale, fixer des règles élémentaires en matière d’échanges, encadrer le concurrence ». Crédit : Russel shaw higgs

800 € versés tous les mois à tous les citoyens. C’est l’expérimentation qui va être tentée en Finlande l’année prochaine. Revenu de base, revenu universel, revenu inconditionnel ou encore revenu d’existence : la mesure a autant de noms que de définitions différentes. Un point fédère tout le monde cependant : l’inconditionnalité. Il s’agit d’un revenu versé par l’État à tous ses habitants toute leur vie, peu importe qu’ils exercent ou non une activité, et qu’ils soient hommes ou femmes, noirs ou blancs, handicapés ou valides, riches ou pauvres. Une belle idée que l’on doit au philosophe et révolutionnaire américain Thomas Paine. Il la propose pour la première fois en 1795 comme solution à la mauvaise répartition des terres. Selon lui, elle pourrait être financée en taxant à 10 % les héritages. Tombée dans l’oubli, l’idée finit par ressurgir dans les années 1960 aux États-Unis. De là, elle atteint l’Europe dans les années 1980 où deux amis économistes, un Belge et un Britannique, la reprennent et fondent en 1986 le Bien (Basic Income Earth Network) – Réseau mondial pour le revenu de base. Depuis, l’idée connaît un succès grandissant et transpartisan puisqu’elle réunit à la fois des militants altermondialistes et écologistes qui y voient la fin d’un système productiviste et des libéraux pour qui la mesure pourrait remplacer les autres aides et pousser au retour à l’emploi. En France, si la gauche veut en faire un revenu qui s’ajouterait aux allocations de l’État déjà existantes, la droite, quant à elle, propose de le mettre en place pour mieux supprimer des aides comme les allocations familiales ou l’aide au logement. Et c’est là que le bât blesse. Car si cette idée soulève un grand espoir dans l’Europe d’après-crise de 2008, n’est-elle pas un cheval de Troie libéral qui conduirait des populations déjà fragiles à plus de pauvreté ? Dans la confrontation entre les deux acceptions du revenu de base, la plus progressiste ne risque-t-elle pas de passer après la version la plus cynique ?             

 

En 2017, un revenu universel en Finlande

La Finlande, figure de proue du revenu  universel. Ici, la ville d'Helsinki. Crédit : Mikko Paananen
La Finlande, figure de proue du revenu universel. Ici, la ville d’Helsinki. Crédit : Mikko Paananen

Ce serait le premier pays au monde à tenter l’expérience. En 2017, la Finlande va distribuer à ses citoyens un revenu de base, sans autre condition que la nationalité. Il s’élèverait à 800 € par mois et par habitant en supprimant toute autre allocation. Une idée très populaire, puisque 69 % des Finlandais y sont favorables et qui vient plutôt de la gauche de l’échiquier politique. Pourtant, c’est un gouvernement de centre droit, celui de Juha Sipilä, qui l’a proposée. Le pays traverse une crise sans précédent, avec son entrée dans la zone euro et la catastrophe économique de 2008. Le Produit intérieur brut (PIB) ne progresse plus depuis près de trois ans. Le chômage ne cesse d’augmenter. Pour le gouvernement de Sipilä, ce revenu universel permettrait surtout de faire des économies, en encourageant le retour à l’emploi des chômeurs et en réduisant les dépenses administratives. Selon une estimation de l’Office finlandais des statistiques, le coût total serait d’environ 500 milliards d’euros en 2013. Solution miracle, donc ? Pas vraiment pour les détracteurs de la mesure qui soulignent qu’il est bien difficile de ne vivre qu’avec 800 € par mois et que le chômage n’est pas qu’une question de mauvaise volonté.

 

 

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