Sénateur Courteau : « On est proche du point de non retour »


Roland Courteau : « Ce rapport est un cri d'alarme avant qu'il ne soit trop tard ». Crédit : OPECST - SENAT
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Éternel amoureux de sa région et de sa Belle Bleue, le sénateur Roland Courteau (PS) porte, fièrement, la casquette de Monsieur Méditerranée. En juin 2011, l’élu présente dix propositions pour lutter contre la pollution qui affecte le bassin méditerranéen, reprises dans son dernier rapport sur le sujet qu’il présente en sa qualité de vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). Le sénateur de l’Aude ne mâche pas ses mots. Paroles d’élu. Exclusif.

 

Paradigme & Prospective : La pollution du bassin méditerranéen traduit-elle une situation apocalyptique ?

Roland Courteau : Votre terme est bien choisi car la situation est très préoccupante. Quand on se projette en 2030 et que l’on prend en compte les effets du réchauffement climatique et des pollutions émergentes, le constat est très inquiétant. Pour dire vrai, on est proche du point de non retour. À peu de chose près, il est presque trop tard mais on peut encore limiter les dégâts. Il est très étonnant d’ailleurs, de remarquer que la prise de conscience des maux qui rongent la Méditerranée ne soit pas plus élevée que cela autour de son bassin.

 

Votre rapport est-il un constat d’échecs ?

Ces mots sont légèrement inappropriés. Depuis 1976, des politiques de coopération et une ébauche de gouvernance antipollution existent au travers de la Convention de Barcelone et de son Plan d’action Méditerranée (Pam). Le Pam gère une dizaine de protocoles en faveur de la lutte contre la pollution en Méditerranée conclus avec 21 états riverains. Mais le bilan est mitigé car un grand nombre d’entre-eux ne mettent pas en oeuvre les accords qu’ils ont ratifiés. De son côté, l’Union européenne est impuissante vis-à-vis de ces pirates, puisqu’elle ne peut intervenir que sur son périmètre. Il convient donc d’avoir à l’esprit le contexte politique relativement houleux entres les divers états du littoral et le traitement technique fort complexe des dossiers. C’est, notamment, pour cela que j’ai souhaité intervenir sur ce sujet, pour apporter des solutions.

 

Pouvez-vous revenir sur la proposition 4 qui est « d’apurer le passé » ?

La Méditerranée porte les stigmates des agressions subies par l’Homme, tel le relargage de produits comme les PCB et les polluants organiques persistants pourtant interdits au sein l’Union Européenne. Ils sont toujours présents dans l’environnement marin ce qui perturbe, fortement, la chaîne alimentaire. De plus, dans les pays de la zone sud et est du bassin, les stocks de pesticides interdits, le manque de stations d’épuration et les plateformes pétrolières vétustes n’arrangent guère la situation.

 

Que prescrit votre rapport pour limiter les dégâts ?

Ce rapport propose des actions d’urgence à mener, notamment, en ce qui concerne la pollution par les plastiques. La réduction de la consommation des produits pharmaceutiques (antibiotiques, anticancéreux ou perturbateurs endocriniens) et l’éradication de la polymérisation de la mer car ces minuscules débris de plastique fixent les polluants qui se transmettent dans la chaîne alimentaire par l’intermédiaire du phytoplancton. Il est donc essentiel d’amplifier les recherches sur la façon dont les stations d’épuration filtrent, ou non, ces pollutions, selon les molécules concernées.
En mars dernier, j’ai animé au sein du Sénat, une audition publique concernant la pollution de la Méditerranée. Un rapport scientifique de la plus haute importance puisque la situation est doublement préoccupante, du fait de l’ombre portée des anciennes pollutions, de l’émergence des nouvelles et des retards que l’on peut constater dans le déploiement de l’action concrète de l’Union pour la Méditerranée.

 

Concrètement, que préconisez-vous ? Par quels moyens peut-on réagir vite ?

Ce rapport est un cri d’alarme avant qu’il ne soit trop tard. Il est juste temps d’agir avant de franchir le point de non-retour en 2030. Pour contrer cette situation terriblement inquiétante, dix propositions sont sur la table : la nécessaire unification de la gouvernance en Méditerranée avec la création d’une agence de protection environnementale et du développement durable ; l’instauration d’une coordination politique sans laquelle rien ne pourra se faire ; l’accélération des recherches concernant les risques de polymérisation de la mer avec les conséquences du changement climatique et sur la manière dont les stations d’épuration filtrent les polluants émergents ; l’harmonisation des sanctions en cas de rejets illicites d’hydrocarbures, le renforcement des contrôles par satellite des navires et des plateformes pétrolières dites « à risques » ; la mise en place d’un plan de nettoyage des zones de sédiments polluées, le traitement des stocks de pesticides et la volonté de mettre en place une législation régissant les filières de recyclages pour certains pays.

 

Dix propositions pour lutter contre ce fléau

Devenu expert en matière de problématiques environnementales majeures, le sénateur Roland Courteau, ex-Monsieur Tsunami (lire Nexus n° 75), prend à bras le corps la lutte contre la pollution du bassin méditerranéen et tire la sonnette d’alarme. En juin 2011, il présente devant l’Opecst son dernier rapport, La pollution de la Méditerranée : état et perspectives à l’horizon 2030, dans lequel dix propositions sont mises en avant pour lutter contre ce fléau : unifier la gouvernance politique de la lutte contre la pollution en Méditerranée ; activer les coopérations de recherche sur les milieux méditerranéens ; parrainer les laboratoires des états des rives sud et est ; apurer le passé ; préparer la réponse au développement des pollutions générées par l’économie immatérielle ; mieux prendre en compte les conséquences futures du changement climatique ; renforcer la lutte contre les rejets illicites d’hydrocarbures et la coopération en cas de rejets accidentels ; accroître la sécurité du trafic maritime en Méditerranée ; accorder une attention particulière à certains sujets de recherche ; réactiver la politique de création d’aires marines protégées.

 

Roland Courteau en bref

Élu depuis 1980 au Sénat, Roland Courteau, récemment nommé président du Conseil supérieur de l’énergie est, également, président du Conseil national de l’information géographique, vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst), membre du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, membre de la Commission spéciale sur la lutte contre le système prostitutionnel et, enfin, membre du groupe d’études Mer et Littoral.

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