Théâtre de Nîmes : Bella Figura, un vaudeville ravaudé au goût du jour par Yasmina Reza


La metteure en scène, Yasmina Reza, auteure de Bella Figura. Crédit : Pascal Victor, Artcom'Art.
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Après avoir fait son entrée au théâtre par la grande porte de la Schaubühne à Berlin (Allemagne), sous la direction de Thomas Ostermeier1, Bella Figura fait l’objet d’une mise en scène par son auteure, Yasmina Reza. Un spectacle qui a été présenté au Théâtre nîmois Bernadette Lafont ce 1er mars à 19h.

Yasmina Reza y déroule, dans les règles de l’art, le compassé canevas du vaudeville bourgeois agrémenté de quelques mots d’esprit greffés sur des clichés et beaucoup de platitudes.

L’ouverture se veut éloquente, c’est l’histoire d’une panne de transport automobile autant qu’amoureux.

Au cœur du plateau : une pimpante voiture jaune, toutes portes ouvertes sur la paire de jambes glamour d’Andrea, employée de pharmacie et son amant, Boris. La soirée bat de l’aile, commence mal, la crise éclate pour un oui, pour un non.

Emmanuelle Devos incarne une femme séduisante, hystérique et écervelée, Andrea qui donne corps à la dispute en s’opposant « au vertige de l’amour » mais en en allumant les feux. L’amant s’agace et ronge son frein face aux queues de poisson d’une sirène qui n’a pas dit son dernier mot sur une histoire qui ne lui convient plus.

Le prétexte à la dispute n’est pas nouveau, c’est l’autre femme, l’épouse de Boris, symboliquement invitée, à la faveur d’une réplique « inconsciente » de mettre le feu aux poudres, à la très bonne table où se rendent les amants.


« Voyage au bout de la nuit »

Andrea ne mange pas de ce pain-là, ne digère pas l’idée de dîner dans un restaurant recommandé par la femme de Boris  (Louis Do de Lancquesaig) qui, rompu au cirque adultérin et à l’entre-deux femmes, se retrouve sur la sellette au plan professionnel. Pour lui tout valse pour le pire dans ce « voyage au bout de la nuit ». Plus que requin d’affaires, malgré son « diable au corps », Boris est un petit poisson au bord de la faillite, un homme en plein naufrage et prêt à « partir en liquidation directe ».

Un duel à fleuret moucheté s’engage entre les amants désenchantés puis c’est le coup de théâtre, à la faveur d’un accident cocasse qui aurait pu virer au drame mais ressemble à une mauvaise farce, un coup du sort, tout se noue. Le monde est infiniment petit, la société fait les jeux de l’amour et du hasard et entre gens de bonne foi l’enfer devient les autres. La comédie humaine s’effrite, les masques tombent dans le huis clos d’une soirée entre vrais faux amis où chacun y va de son grain de sel ou de folie pour mettre au jour la supercherie.

La vie est une tragi-comédie, rien de nouveau sous les feux du théâtre pour cette nouvelle variation de Vaudeville.


Maud Bouchet

Journaliste – critique dramatique

 

  1. Metteur en scène allemand
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